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Bébéatrice

mars 23, 2020

Comme plusieurs téléspectateurs partout à travers le monde, Guy était complètement secoué par les informations présentées au bulletin de nouvelles ce soir-là. En France, plusieurs journalistes et dessinateurs venaient d’être froidement assassinés lors d’une attaque terroriste perpétrée contre le journal satirique Charlie Hebdo. Nous sommes en janvier 2015. Absorbé par les images à l’écran, Guy semblait avoir oublié que sa fille Béatrice (alias Bébéatrice) était là, assise juste à côté lui. C’est à ce moment que cette petite princesse de 4 ans a trouvé les mots parfaits pour résumer la situation : « Tu sais papa, quand on n’aime pas un dessin, il ne faut pas tuer les gens. On a juste à tourner la feuille et dessiner de l’autre côté. » C’était si simple et pourtant, c’était rempli de vérité et de sagesse. Surtout, ç’a été l’étincelle nécessaire pour aller de l’avant avec une idée juste assez farfelue… L’humoriste, scénariste et producteur Guy A Lepage (alias PapaGuy) nous parle de sa fille-inspiration et de la série du même nom : Bébéatrice.


Les personnages de la série – Design: Éric Godin


Le livre avant la série

C’est après cette phrase digne des ligues majeures de la philosophie, Guy A Lepage s’est décidé à rappeler Éric Godin. Ce dessinateur et auteur avait contacté Guy quelques semaines auparavant pour lui proposer un projet, inspiré des mots d’enfant de Bébéatrice que Guy partageait sur son fil Twitter. Éric lui avait envoyé quelques images qui illustraient les propos de la fillette : « Je ne connaissais pas Éric Godin à l’époque, mais il nous a naturellement dessinés avec la bonne énergie. Il a dessiné ma fille et ma blonde, qu’il n’avait jamais vues de sa vie, et on a l’impression qu’il nous avait espionnés » raconte le producteur. L’illustrateur lui a alors proposé de publier un livre avec les mots de sa fille. Après un temps de réflexion, Guy a accepté et Éric a fait davantage de dessins, selon les phrases de Bébéatrice qui l’inspiraient. « On est allé présenter ça très humblement aux éditions La Presse. Ils ont dit oui, tout de suite » se rappelle PapaGuy. Mais ça ne s’est pas arrêté là. « Dès que le livre est paru, on s’est fait demander pourquoi on ne ferait pas un dessin animé avec ça. »


Le producteur et papa de Béatrice, Guy A Lepage – Photo: Julie Perreault


Du temps et des gens

Bien que l’intérêt pour un dessin animé ait été manifesté dès le lancement du livre, Guy A Lepage n’a rien décidé brusquement : « Ce que j’ai toujours aimé avec le projet Bébéatrice, c’est qu’on ne l’a jamais précipité. On a pris notre temps avant de faire le livre. Puis ç’a pris du temps avant qu’on en fasse un dessin animé. Chaque fois, on se réunissait et on se demandait si on avait le goût de le faire, si ça trahirait l’œuvre, si ça pourrait aller plus loin qu’un livre, si le dessin animé pourrait avoir un impact. Comme nous n’étions pas obligés de le faire, nous l’avons fait dans des conditions de création optimales. »

Guy A Lepage aime travailler avec de petites équipes de création, comme il l’avait fait lorsqu’il a créé Un gars, une fille. Il donc a voulu faire de Bébéatrice un projet familial. « Je me suis dit que ce serait intéressant de faire ce projet avec mon épouse, ma fille et mes amis. Il y a beaucoup d’écriture. J’ai donc appelé quelques amis auteurs qui sont aussi des parents, pour qu’ils me proposent des idées que je pouvais adapter pour le personnage de Bébéatrice. » Ainsi, en plus de sa fille Béatrice et de sa conjointe, la productrice Mélanie Campeau (alias Mamanie), Guy A Lepage s’est associé à Luc Châtelain, producteur chez Echo Média pour lancer le projet. Puisque le dessin animé est une spécialité, ils ont joint à l’équipe un réalisateur expérimenté dans ce domaine, Didier Loubat, que Guy connaissait pour ses animations des ouvertures de Bye Bye pour Rock et Belles Oreilles. L’illustrateur du livre, Éric Godin, s’est chargé de la direction artistique, en plus d’être co-producteur de la série. Présenté sur ICI Radio-Canada, le concept a été décliné pour en faire des émissions de 30 minutes à la télévision, mais que le public peut aussi écouter en courtes capsules web sur Tou.tv.


L’illustrateur Éric Godin – Photo: Isabelle Hamel-Blouin. (Source: ARP.media)


La différence de l’animation

Guy A Lepage est un habitué des productions télévisuelles, mais produire du dessin animé était une expérience toute nouvelle pour lui. Et le résultat peut sembler beaucoup plus simple à créer que ça ne l’est en réalité : « Je me suis retrouvé, à 58 ans, à toucher à quelque chose que je n’avais jamais fait de ma vie, même si j’ai fait de tout dans le milieu de la télévision et du cinéma ! Et c’est la chose la plus complexe que j’ai faite de ma vie ! Parce qu’en dessin animé, il n’y a pas de tournage. On ne peut pas filmer toutes sortes de plans pour nous aider au montage quand une scène ne fonctionne pas. En dessin animé, ça n’existe pas. Tous les décors, tous les angles de caméra doivent être dessinés. Tout ce que tu n’as pas prévu et commandé n’existe pas. Quand je travaillais sur Un gars, une fille et sur Rock et Belles Oreilles, on improvisait parfois sur le plateau et on ajoutait des blagues. En animation, si elles n’ont pas été trouvées au préalable, dès qu’on commence la production, personne ne peut sauver ton sketch. Il y a beaucoup d’étapes à approuver et c’est beaucoup plus laborieux. »


Bébéatrice – Design: Éric Godin

Malgré ce côté plus ardu du dessin animé, PapaGuy s’amuse beaucoup sur ce projet : « C’est un projet plaisant à faire, et maintenant, j’adore ça ! La première année, je me disais que ça ne finirait jamais. On a écrit 85 minutes et il nous a fallu 8 mois et demi à temps plein à créer. On doit prévoir tous les détails. Évidemment, les réalisateurs et les dessinateurs peuvent prendre des initiatives, mais il faut que ça reste cohérent. Sans compter qu’ils doivent tous respecter parfaitement le style de graphisme d’Éric Godin. Mais il y a quelque chose de très stimulant avec ça. Je suis très content du résultat. Ça va continuer tant qu’on aura du plaisir ! » Et le plaisir se poursuit puisque l’équipe travaille actuellement sur une troisième saison.


Bébéatrice – Design: Éric Godin


Derrière les blagues

On peut regarder la série Bébéatrice comme on pige dans un pot à biscuits : avec le sourire, pour le plaisir, sans se poser de questions. On peut aussi, peut-être, y voir transparaitre une certaine réflexion sur la place qu’on accorde aux enfants, comme l’explique PapaGuy : « Je voudrais que le public retienne que les enfants ne sont pas des citoyens de deuxième classe. Un enfant de 5 ans dit tout ce qu’il pense et tout ce qu’il ressent. Ce sont les adultes qui le reprennent pour lui enseigner qu’on ne peut pas dire ceci ou cela. Sauf qu’au départ, l’enfant est très instinctif et ne filtre pas ses émotions. Il nous montre le monde tel qu’il est, de façon brute. Il y a une vérité dans tout ça que nous devrions écouter. Je trouve ça fascinant. »

La première qu’il écoute, c’est justement sa propre fille, qui ne cesse de l’impressionner : « Béatrice sort des gags incroyables ! C’est une petite machine de réflexion. Je n’ai pas le goût de brimer ma fille. Je veux qu’elle soit polie, mais je veux qu’elle soit libre de s’exprimer le plus longtemps possible. Qu’elle puisse dire ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Je trouve que c’est une belle qualité dans la vie et nous n’avons pas envie d’être des parents répressifs, ma blonde et moi. »


Bébéatrice – Design: Éric Godin

Un livre devenu série, un beau projet familial, des nominations aux Prix Gémeaux et aux Olivier avec son épouse et sa fille... Guy A Lepage peut être fier de Bébéatrice. Mais par-delà le projet, il peut aussi se dire qu’il laisse à sa fille un cadeau que peu de parents ont la chance d’offrir à leur enfant : l’histoire de leur enfance en dessins et en humour.

Les saisons 1 et 2 de Bébéatrice sont présentées sur Tou.tv. La 3e saison est en cours de production.

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