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Passe-Partout

juin 15, 2020

Amour de jeunesse

Si on vous demande de nommer une série culte, laquelle vous vient en tête en premier ? Friends ou Les Sopranos ? Breaking Bad ou La petite maison dans la prairie ? Game of Thrones ou Lost? Habituellement, lorsqu’on parle d’émissions mémorables, on ne pense pas spontanément à inclure la télé éducative dans le palmarès. Et pourtant. Au Québec, une émission jeunesse parue il y a plus de 40 ans a su marquer l’imaginaire de milliers d’enfants, avec un impact sans doute plus grand que la plupart des grandes séries cultes : Passe-Partout. Certains vont même jusqu’à dire qu'elle aura été « la série pour tout-petits la plus marquante de l’histoire canadienne ».

Après plusieurs moutures et une pause de presque 30 ans, cette série intemporelle est récemment revenue sur nos écrans pour le plus grand bonheur de la jeune génération… et de leurs parents. Joceline Genest et Sophie Legault, respectivement productrice et productrice au contenu de la version actuelle, partagent leurs réflexions sur ce succès aussi durable qu’étonnant.


À gauche, la productrice au contenu Sophie Legault – photo personnelle. À droite, la productrice Joceline Genest – Photo: Lori Chamberland


Retour aux sources

L’équipe d’Attraction Images souhaitait offrir une émission éducative aux enfants de 3 à 5 ans. Rapidement, le concept de Passe-Partout s’est imposé, comme le raconte Joceline Genest : « Nous avons fait beaucoup de recherche. Plusieurs projets ont été écrits, jusqu’au moment où, finalement, on a compris que tout ce qui était recherché se trouvait déjà dans Passe-Partout. On s’est demandé si ce qui avait créé il y a 40 ans était encore d’actualité. Nous avons analysé l’émission en profondeur avec des spécialistes. Sur le fond, c’était assez complet pour être reproduit dans son ADN original, puis présenté aux enfants d’aujourd’hui, dans la même tranche d’âge. » Sophie Legault approuve : « La façon dont Passe-Partout s’adressait aux enfants il y a 40 ans, c’était vraiment une recette gagnante. C’était de parler directement aux enfants comme des êtres à part entière, pas comme à des bébés. C’était de leur présenter du contenu de façon simple en partant de leur vision du monde. Évidemment, la vie des enfants a changé. On a adapté certains éléments pour que ça corresponde davantage à la société d’aujourd’hui et on a ajouté des composantes technologiques pour que ça ressemble un peu plus au monde actuel des enfants, mais pas parce que c’était nécessaire à leur stimulation. C’était important que tous les enfants puissent s’identifier, sans que la formule soit altérée. » L’édition de 2019 reste en effet très près de la version originale de 1977. « Notre but était d’actualiser le concept sans le dénaturer. C’était important de respecter le contenu. Avec ses valeurs de soif de savoir, de découverte, de respect de soi et de l’autre, pour nous, c’était l’émission parfaite », ajoute la productrice. Les discussions ont donc commencé avec Télé-Québec, diffuseur de la série originale à qui appartient la marque Passe-Partout. 


Plateau de tournage en extérieur – Photo : Karljessy


40 ans plus tard

Télé-Québec et Attraction Images se sont donc lancés, sentant que faire revenir cet outil pédagogique à l’écran était nécessaire pour le milieu de l’éducation. Un grand défi que de remettre ce classique au goût du jour, sachant que le succès de la première mouture de Passe-Partout, de 1977 à 1979, a été retentissant. À un point tel qu’après 125 épisodes, le public avait déposé une pétition de 85 000 noms à l’Assemblée nationale afin de demande qu’une suite soit produite ! Au fil des différentes éditions, la production s’est poursuivie et Passe-Partout a finalement été diffusée jusqu’au début des années 1990, puis rediffusée jusqu’en 1998 à Télé-Québec, mais aussi à la télévision de Radio-Canada et de TV Ontario.


Quelques marionnettes de Passe-Partout – Photo : Karljessy

Par-delà le succès populaire, c’est le mandat qui faisait de Passe-Partout une émission remarquable, comme le souligne Sophie Legault : « Dans les années 70, l’émission a été créée par des experts et des pédagogues qui se collaient énormément au programme du Ministère de l’Éducation. C’était principalement pour la prévention et l’intervention précoce auprès des enfants, pour les aider à arriver à l’école de façon optimale, avec le moins de retard possible. » Si le Sesame Street québécois visait initialement les milieux défavorisés, l’émission a rapidement touché tous les milieux de toutes les régions. Reste que pour atteindre son objectif d’éveil et d’éducation, il faut arriver à capter l’attention des enfants, ce qui n’est pas une mince affaire dans le contexte d’aujourd’hui, comme le précise Joceline Genest : « Maintenant, les jeunes sont beaucoup sollicités par les nouvelles technologies ; c’est tellement riche ce qu’ils voient à l’écran, dans un contexte où plusieurs émissions pour enfants sont un bombardement de couleurs, de sons et de rapidité. Nous avons fait le pari que, même si la vie des enfants a changé, leur besoin d’être stimulé est le même qu’avant. On propose quelque chose qui est plus calme, plus près du rythme normal de la vraie vie, sans pour autant être moins stimulant. Ce sont des choses simples dont les enfants ont besoin pour grandir. »


Les marionnettistes à l’œuvre – Photo : Karljessy


Reconquérir les cœurs

C’est donc le 25 février 2019 que le premier épisode de la cinquième génération de Passe-Partout, produite par Attraction, a été diffusé. Le public était-il au rendez-vous ? « La réception a été spectaculaire », lance la productrice. « Plus de 700 000 téléspectateurs ont regardé le premier épisode. Il y a eu un grand mouvement de curiosité et d’intérêt, d’abord de la part des parents qui voulaient voir ce qu’on avait fait de leur Passe-Partout. Tout le monde avait son opinion là-dessus, mais on a gardé notre auditoire. Nous avons reçu beaucoup de messages touchants de la part des parents. Il y avait beaucoup de joie. On a aussi reçu plusieurs vidéos d’enfants qui répondaient aux personnages. C’était magique parce que c’est là qu’on a su qu’on avait réussi. »

Bref, alors que cette toute dernière mouture de Passe-Partout aurait pu se faire sous le signe de la pression et de la performance, on constate rapidement, en parlant à Joceline Genest et Sophie Legault, que ce n’est que de l’enthousiasme et du positif qui ressort de ce projet. On sent d’ailleurs beaucoup de fierté face au travail accompli, comme dans les propos de la productrice au contenu : « L’émission n’aurait pas pu exister sans notre belle équipe. Tout le monde fait un travail formidable. Il faut dire que Passe-Partout, c’est comme 6 productions en une. Certains segments sont très techniques. On est autant dans le numérique que dans le réel ; autant à l’extérieur, qu’en studio. Il y a les tournages des fantaisistes (Passe-Partout, Passe-Carreau, Passe-Montagne et les autres), mais aussi les marionnettes, Alakazou, les enfants réels, les animaux. Ça demande énormément de doigté, d’organisation et de polyvalence. »


Passe-Montagne, Passe-Partout et Passe-Carreau – Photo officielle

Déjà, la nouvelle génération d’adeptes de Passe-Partout espère que cette récente version aura une aussi belle longévité que ses prédécesseurs. En attendant de voir ce que l’avenir réserve à la série, les personnages font dès maintenant leur marque dans le cœur des petits, comme l’explique Sophie Legault : « À travers leur façon de parler aux enfants, les personnages donnent l’impression aux enfants qu’ils sont capables, qu’ils peuvent apprendre, qu’ils vont grandir. Je pense qu’ils donnent de l’espoir aux enfants et aux parents aussi. » Un peu comme une clé qui permet d’ouvrir toutes les serrures...

La 5e génération de Passe-Partout est diffusée à Télé-Québec, du lundi au jeudi à 18 h. Tous les segments sont présentés sur coucou.telequebec.tv et les épisodes complets au zonevideo.telequebec.tv.

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