Programme d’échange immersif canado-britannique: une première année réussie

Tout en construisant des ponts et des liens dans l’univers des récits immersifs, les 24 participants ont tiré profit de nouveaux outils, marchés et relations.

Un programme d’échange immersif axé sur le développement de talents en technologie et la coproduction vient de compléter la première étape de son année inaugurale.

Le Programme d’échange immersif canado-britannique de 2020 a permis de réunir une douzaine de participants en provenance de chaque côté de l’Atlantique, et ce, malgré les perturbations engendrées par la pandémie.

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Conçu afin d’aider à combler un écart en termes de compétences et d’expérience dans le secteur des technologies immersives, le programme a permis à la cohorte d’explorer une panoplie d’aspects de cette industrie en émergence, dont: la découvrabilité, les partenariats, la recherche de financement, les stratégies de production, les études de cas sur la faisabilité des projets, le marketing, le développement des auditoires, la propriété intellectuelle, etc.

«Nous étions à la recherche de gens qui défient les normes établies, des leaders de l’univers des récits immersifs», explique Laura Mingail, co-dirigeante du Programme d’échange immersif canado-britannique. Celle-ci fut «jumelée numériquement» à Rebecca Gregory-Clarke, cheffe du secteur immersif à la National Film and Television School et à la StoryFutures Academy, au Royaume-Uni. 

Plus de 500 personnes ont soumis leur candidature pour l’une des 24 places disponibles lors de cette première étape du programme.

«Nous constatons un grand intérêt envers les récits immersifs, même si nous sommes conscients qu’il est très difficile de s’y retrouver», dit Rebecca. En rassemblant délibérément un groupe varié de participants possédant une expertise dans les secteurs de l’intelligence artificielle, de la réalité virtuelle, du théâtre, de la capture de mouvement et de la photogrammétrie (entre autres), le programme visait à favoriser «l’apprentissage ainsi que le partage de ce qui fonctionne bien pour l’aspect narratif ainsi que pour l’aspect technologique»

Ayant dû s’adapter à une distanciation géographique et à une pandémie, le programme a multiplié les rencontres sur Zoom dans différents fuseaux horaires, misant sur des approches créatives pour favoriser le développement de relations. Les membres du groupe ont notamment eu droit à une fête en réalité virtuelle.

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Le développement de relations professionnelles et les «copartenariats» ont constitué une part importante de l’initiative. Les participants ont d’ailleurs été scindés en deux groupes, soit les chefs de projet et les producteurs.

Fred Deakin, créateur et enseignant, est l’un des chefs de projet. Le musicien (qui fait partie du groupe Lemon Jelly) et professeur dirige FANDCO, un studio spécialisé dans les projets interactifs et éducatifs.  

Transportalists, l'un de ses projets phares (en dehors du programme d'échange), consiste en une combinaison de cartographie de projection, de théâtre et de réalité augmentée. Fred apprécie énormément les échanges avec des créateurs canadiens partageant les mêmes intérêts que lui.

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Fred Deakin, un des chefs de projet. Crédit photo: Michael Leckie

«Nous avons organisé plusieurs rencontres express entre chefs de projets et producteurs», raconte Fred, soulignant du même coup que la différence entre ces deux rôles se compare à celle entre «un producteur et un réalisateur de films. C’est au réalisateur que revient la vision du projet, alors que le producteur doit s’assurer que le film puisse se concrétiser. Il faut quelqu’un pour maintenir la vision de départ.»

Fred ajoute que le fait de multiplier les opportunités de réseautage au-delà des frontières internationales s’est avéré fort stimulant et «une façon beaucoup plus efficace et moderne de participer à une conférence sur la réalité mixte... Ce fut une occasion de réseautage et de collaboration à la puissance 10.»

La Canadienne Rachael Hosein, une autre participante au programme et également cofondatrice et directrice de la création chez Flipside XR, une société établie à Winnipeg au Manitoba, est du même avis. Sans le programme, ces types de rencontres, liens et collaborations auraient été pratiquement impossibles.

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Rachael Hosein, une des participantes. Crédit photo: Cory Aronec Photography

«Le fait d’avoir participé au programme durant la pandémie nous a entre autres obligés à trouver des façons alternatives et numériques d’entrer en contact, et nous y étions préparés, dit Rachael. L’un des grands bénéfices qui a découlé d’une telle situation est que cela nous a inspirés et enrichis... Le programme m’a permis de constater la panoplie de petits détails qui contribuent à créer avec succès une expérience immersive.»

Il n’est pas toujours facile de croiser des gens qui travaillent dans l’univers immersif, étant donné que le secteur demeure relativement nouveau, observe Rachael. Ainsi, le fait de réunir des partenaires internationaux afin justement de développer une communauté a été d’autant plus apprécié.

«C’est exactement ce dont l’univers immersif avait besoin pour être en mesure de créer des contenus à la fois remarquables et percutants.»

Les liens créés sont authentiques: «Le programme est parvenu avec brio à faciliter les relations entre les gens, ajoute-t-elle. Je suis convaincue que si éventuellement je n’arrive pas à comprendre quelque chose, quelqu’un saura m’aider, et vice-versa.»

C’est exactement pour cette raison qu’il était important que le programme s’échelonne sur une année complète. Une coproduction exige beaucoup de temps pour identifier les bons partenaires, «un peu comme pour un mariage», selon Rebecca. Celle-ci ajoute que ce type de relation est long à établir. Désormais, tous bénéficient d’amis et de contacts qui pourront leur ouvrir des portes dans divers pays et marchés.

«Nous sommes enchantés d’avoir pu trouver au Canada des partenaires qui nous ressemblent, dit-elle. Nous avons également eu l’opportunité d’aider des gens à établir des relations qu’ils n’auraient autrement pu envisager, et à créer des opportunités pour de nouveaux projets.»

Les ateliers et autres initiatives de formation mèneront à une proposition en vue d’obtenir du financement pour une coproduction. Des fonds totalisant 510 000 $ pourront être séparés entre les deux pays, afin de financer environ six projets d’un budget maximum de 170 000 $ chacun.

Les projets retenus seront dévoilés au printemps 2021.

TROIS CONSTATS DÉCOULANT DU PROGRAMME D’ÉCHANGE IMMERSIF CANADO-BRITANNIQUE: 

1. Selon Laura, la technologie «accélère non seulement les relations, mais également la créativité, ce qui permet d’établir des règles sociales différentes. Les gens sont davantage ouverts et prêts à prendre des risques, un peu comme lorsqu’ils étaient enfants.»

2. Nous vivons une période fort excitante, «la naissance d’un nouveau format», observe Fred. «Et lorsque ce format aura émergé, il sera social, il anéantira le téléphone intelligent. Il nous transportera au-delà de cet état passif, voire hypnotique, dans lequel nous nous trouvons devant nos écrans.»

3. «L’écran devient une barrière, affirme Rachael. Je peux être intéressée par quelque chose que je regarde sur un écran en 2D. Or, l’expérience est toute autre si je me retrouve plongée dans cet univers, que je deviens un personnage, que j’ai un certain contrôle et que je peux contribuer au dénouement.»

Laura Beeston
Laura Beeston
Laura Beeston est rédactrice, éditrice et stratège de contenu originaire de Winnepeg. En plus de 10 ans de création médiatique, elle a travaillé sur une variété de projets, et a notamment été journaliste de nouvelles pour The Winnipeg Free Press, The Montreal Gazette et The Toronto Star, et journaliste artistique pour le Globe and Mail. Depuis 2017, elle travaille pour C2 Montréal en tant que rédactrice, éditrice, programmatrice et productrice de contenus multimédias. Elle est conseillère média et mentor chez The Link.
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