«The Stunt Driver» : l’incroyable histoire du cascadeur montréalais Ken Carter vue par Michael Dowse
Le cinéaste derrière le succès Goon retrouve l’acteur Jay Baruchel pour raconter l’histoire de Ken Carter, le cascadeur montréalais qui rêvait de traverser le fleuve Saint-Laurent au volant d’une voiture-fusée.

Demandez à un cinéaste ce que représente la réalisation d'un film et il vous dira que, malgré toute la préparation du monde, c’est toujours un acte de foi. Un peu comme essayer de faire voler une voiture-fusée au-dessus du fleuve Saint-Laurent.
Parlez-en au scénariste et réalisateur Michael Dowse, dont le dernier film, The Stunt Driver (Le grand saut), met en vedette Jay Baruchel dans le rôle du cascadeur montréalais Ken Carter. En 1976, ce dernier avait commencé à planifier un saut insensé d’environ 1,6 km au-dessus du fleuve Saint-Laurent, à bord d’une Lincoln Continental propulsée par une fusée, du haut d'une rampe de 27 mètres de long (90 pieds).
Pour cette comédie dramatique, Dowse s’est inspiré du documentaire The Devil at Your Heels, réalisé par Robert Fortier en 1981 pour l’Office national du film du Canada (ONF). On y suit Carter alors qu’il tente de surmonter une série d’obstacles, y compris ses propres doutes, avant de tenter de relever cet exploit.
The Stunt Driver est à la fois hilarant et tragique. Il illustre aussi parfaitement ce que Michael Dowse fait bien dans ses films : trouver l’humour et la vulnérabilité chez les hommes qui affrontent leurs peurs. Qu’il s’agisse des fumeurs de marijuana de son faux documentaire qui l’a fait connaître au grand public, FUBAR (2002), d’un DJ qui perd l’ouïe dans It’s All Gone Pete Tong (2004) ou d’un homme de main au hockey rongé par l’insécurité dans Goon (2011), le cinéaste met à nu les failles de l’âme masculine.
Nous avons joint Michael Dowse par téléphone à son domicile de Montréal, où il nous a parlé de son besoin de raconter l’histoire de Ken Carter, de son admiration pour son ami Jay Baruchel et de son entêtement à ne pas accepter les refus.

Que saviez-vous de Ken Carter et de son saut avant ce projet?
Aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai découvert Ken Carter à l’adolescence. L’un de ses sauts fait partie d'une étrange compilation VHS intitulée Faces of Death, que l'on s'échangeait et copiait… J’avais complètement oublié tout ça jusqu’à ce qu’un ami me recommande, il y a 12 ans, de regarder le documentaire de l’ONF. La première chose qui frappe, c’est à quel point ce que fait Ken est complètement fou. L’ampleur et le côté spectaculaire de la chose. Quand on voit cette rampe monolithique de 90 pieds au bord de la Voie maritime du Saint-Laurent, puis cette voiture-fusée jaune de deux tonnes avec des ailes, ça semble tout simplement impossible. On est immédiatement happé par cette histoire.
Ken est un personnage fascinant, à la fois sûr de lui et terrifié à l’idée de faire ce saut.
C’est Ken qui m’a conquis quand j’ai regardé le documentaire. J’adorais son optimisme. J’aimais sa passion. Il croyait vraiment en son projet. Je me suis beaucoup reconnu en lui, comme tout cinéaste peut le faire lorsqu’il tente de réaliser un film. On a l’impression d’essayer de lancer une voiture du haut d’une rampe de 90 pieds. Et chacun a sa propre version d’une rampe de 90 pieds dans sa vie, ce qui rend l’histoire de Ken universelle.
Jay Baruchel est formidable dans le rôle de Ken. Qu’est-ce qui vous a donné envie de lui confier ce rôle?
Jay est un vieil ami. Ça fait 20 ans que nous travaillons ensemble de façon intermittente. C'est d'abord et avant tout une personne fantastique, ce qui est très important pour moi quand vient le temps de collaborer avec quelqu’un.
J’avais vu BlackBerry, dans lequel il est excellent. Les gens connaissent Jay comme acteur comique, mais ils oublient qu’il est aussi un très bon acteur dramatique. Et je me suis rendu compte que Jay avait le même âge que Ken. Ça m’a frappé parce que, dans mon esprit, Jay a toujours eu l’air d’avoir la fin de la vingtaine, mais le temps passe vite.
J’ai décidé que ce serait lui, et heureusement, il a accepté. Ensuite, on a construit tout le film autour de lui.

Près de 25 ans se sont écoulés depuis FUBAR…
Quoi? Ça fait 25 ans? Mon Dieu!
Oui. Et vous avez vu l’industrie du cinéma évoluer et se transformer. Comment c'est de réaliser un film, aujourd'hui?
C’est toujours difficile. Ça ne devient jamais plus facile. Aucun de mes films n’a rapporté des centaines de millions de dollars. Personne ne me signe de chèque en blanc, mais il y a plus de monde sur le marché. La situation évolue constamment. Avant la COVID, il y a eu une période de guerre entre les plateformes de diffusion en continu, et c’était beaucoup plus facile de faire des films parce que le marché était inondé d’acheteurs potentiels.
Au Canada, on a beaucoup de chance de pouvoir compter sur le Fonds des médias du Canada, Téléfilm Canada et la SODEC. On a aussi un système de crédits d’impôt exceptionnel auquel on peut recourir pour réaliser des films.
Je me sens extrêmement privilégié d’avoir pu continuer à travailler un peu aux États-Unis tout en ayant la possibilité de rentrer chez moi pour y faire des films. Mais ça ne devient jamais plus facile. Il faut être déterminé et essayer de ne pas accepter les refus.
Vous avez réalisé vos quatre derniers films (Stuber, Coffee & Kareem, 8-Bit Christmas et Trap House). Pour The Stunt Driver, vous signez aussi le scénario. Qu’est-ce que ça vous a fait de retrouver ces deux rôles?
C’était génial. Il faut avoir un point de vue quand on fait un film. Et celui-ci est différent, parce que ce n’est que ma femme et moi qui le produisons. J’en suis ressorti en me disant que j’allais être beaucoup plus gentil avec les producteurs indépendants à partir de maintenant, parce que c’est stressant! [Rires.]
Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
Jay et moi développons une série pour CBC. On l’écrit ensemble, et c’est lui qui y tiendra le rôle principal. En ce moment, je tourne le remake de Meatballs pour Crave, dans le camp de vacances que mes enfants ont fréquenté. C’est très amusant. J’écris aussi un film d’horreur.
Vous êtes bien occupé!
Il faut avoir plusieurs lignes à l’eau, plusieurs choses qui se passent en même temps. Il faut jongler avec une tonne de projets.