La cinéaste Mina Shum signe «Whatcha Want», une ode à l’émancipation des femmes

La scénariste et réalisatrice Mina Shum fait son retour au grand écran avec Whatcha Want, un film sur l'oppression, l'esprit de communauté et le plaisir de danser.

Il suffit de passer un peu de temps avec Mina Shum pour se laisser emporter par son enthousiasme.

Son enthousiasme pour le cinéma, pour Vancouver – sa ville natale – et pour la vie, plus largement.

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Mina Shum. Crédit photo : Chris Chapman

La scénariste et réalisatrice d’expérience a fait une entrée fracassante sur la scène cinématographique canadienne en 1994 avec son premier long métrage, Double Happiness, dans lequel la jeune Sandra Oh incarnait une femme qui tente de devenir actrice tout en répondant aux attentes traditionnelles de sa famille.

Exubérant et profondément personnel, le film annonçait l’arrivée de Mina Shum aux côtés d’une foule de cinéastes, dont Atom Egoyan, Patricia Rozema, Jean-Claude Lauzon, Deepa Mehta, Bruce McDonald et Robert Lepage, qui ont fait des années 1990 un âge d’or du cinéma canadien.

Près d’une décennie s’est écoulée depuis le dernier long métrage de Mina Shum, Meditation Park, sorti en 2017, même si elle n’a jamais cessé de travailler pour la télévision.

Elle revient au grand écran avec Whatcha Want, présenté en première au Festival international du film de Toronto (TIFF) au début du mois. Le film met en vedette Isabella Wei dans le rôle d’une jeune femme mariée qui quitte Hong Kong pour s’installer à Vancouver, alors que son riche mari (Hugh Tran) reste à Hong Kong. Lorsqu’elle découvre qu’il lui est infidèle, elle s’inscrit dans un studio de danse local et entame un parcours vers l’émancipation.

Mina Shum se trouvait dans son bureau de Vancouver lorsque nous avons discuté au téléphone.

Votre équipe dit que la proposition de Whatcha Want est un croisement entre Crazy Rich Asians et Flashdance. Est-ce exact?

Oui. Et l’un de mes collaborateurs, un homme, a dit que c’était un film de danse qui se veut une critique cinglante du patriarcat. La seule chose, c’est que la « proposition » ne laisse pas deviner que l’histoire est assez profonde.

Pouvez-vous nous faire un bref résumé du film?

Une jeune mariée, interprétée par Isabella Wei, est envoyée à Vancouver depuis Hong Kong par son mari milliardaire. Tous ses rêves se réalisent, elle qui a grandi dans une famille de classe moyenne, élevée par une mère seule. Mais une fois sur place, elle se rend compte qu’elle doit vivre selon les règles de son mari, dont cette vieille tradition qui lui permet d’avoir des maîtresses. Elle découvre qu’il compte bel et bien poursuivre cette pratique. Au même moment, elle aperçoit un studio de danse de l’autre côté de la rue et y entre.

Ce n’est pas comme si elle n’était pas opprimée, mais elle se libère par la danse et son esprit s’ouvre. C’est un film d’émancipation profondément joyeux, dans une histoire sombre. J’aurais pu faire une version où on se dit : « Oh, c’est tellement dur pour elle d’être opprimée par son mari. » Mais j’ai plutôt fait ce film parce que je veux que les gens sentent qu'ils ont le pouvoir d'agir. C’est ça, le plus important. J’en ai besoin. On en a tous besoin.

Le film aborde aussi l’expérience de l’immigration.

Exactement. Il s’agit de venir ici et de rencontrer des gens, de créer une communauté grâce à la danse. C’est ce qui m’a permis d'avoir une distribution merveilleusement diversifiée, parce qu’à Vancouver, chaque fois qu’on entre dans un studio de danse, il y a beaucoup de mixité. C’est ma façon d’aborder l’immigration, de m’intéresser aux différents personnages et à leur situation. Ils n’en sont pas tous au même stade de leur parcours d’immigration ni de leur vie ici, ce qui a rendu cette expérience vraiment passionnante.

Cette histoire vous habite-t-elle depuis longtemps ou vous est-elle spontanément venue à l’esprit?

Je danse depuis longtemps et, pendant la pandémie, on ne pouvait plus danser en groupe. J’ai écrit cette histoire à ce moment-là, et c’est justement cette impossibilité de danser avec les autres qui a fait naître ce sentiment : « Wow, ça me touche vraiment beaucoup. » Qu’est-ce que ça signifie? À quoi ça ressemble? Je pense toujours aux histoires. Je pense toujours aux personnages. Qui es-tu? Que fais-tu? Pourquoi es-tu là? [Rires.]

C’est donc comme ça que l’idée m’est venue. Puis, avec les mouvements MeToo et Black Lives Matter, j’ai vu à quel point nous souffrions. C'était vraiment important de redonner de l’espoir à travers cette histoire d’oppression. On grandit avec tellement de codes de conduite, surtout les femmes. Je l’ai vu un million de fois : des femmes fortes qui finissent par se soumettre à un code qui n’a jamais été le leur, qu’elles n’ont jamais choisi.

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Isabella Wei et Ming-Na Wen dans Whatcha Want. Crédit photo : Colin Bentley

En regardant les titres de plusieurs de vos films, je suis frappée par leur côté positif et serein. Double Happiness, Long Life, Happiness & Prosperity, Meditation Park. J’ai l’impression que vous êtes en quête de joie à travers vos films.

C’est un des pouvoirs du récit : cette capacité à nous élever grâce au parcours de quelqu’un d’autre. Je crois aussi que c’est souvent grâce à l’humour et à l’amour que l'on parvient à outrepasser la souffrance.

Je m’en sors peut-être bien avec une carrière où je n’ai pas à assassiner qui que ce soit [rires]. Où je n’ai pas à tuer de zombies. C’est pour mon propre bien, car je ne supporte pas de regarder ce genre de choses. J’y crois, et ensuite je fais des cauchemars, et ce n’est pas drôle.

Je pense que ça vient en partie de mon éducation. Ma mère me racontait des contes anglais en cantonais. Elle jouait tous les personnages. On n'avait rien, on vivait dans un HLM où on partageait la salle de bain, et elle incarnait Cendrillon tout en prêtant sa voix aux demi-sœurs. Je me souviens du sourire sur son visage. Il y a quelque chose dans les histoires qui tient du salut, et je sais que l’art peut nous élever, car je l’ai vécu.

Vous êtes réalisatrice depuis plus de 30 ans. Dans quoi vous êtes-vous améliorée?

En quoi je me suis améliorée? En tout! Je dirais que le fait d’avoir tourné dans différents contextes, avec différents scénarios – documentaires, télévision, séries, etc. – m’a permis de devenir une réalisatrice plus aguerrie. On sait comment s’y prendre plus vite, et c’est vraiment ce qui compte, car on manque toujours de temps. J’ai donc le sentiment que ça m’a été bénéfique. Réfléchir de manière stratégique au type de navire qu’on construit, à la façon dont il va être construit, à l’endroit où on va placer les marchandises précieuses.

Donc, vous doutez moins de vous-même?

Je n’ai pas tendance à me remettre en question, car pour moi, c’est juste une source de souffrance [rires]. Je me fie à mon instinct. Donnez-moi deux gants bleus, et je saurai vous dire lequel est le meilleur et pourquoi. Si quelqu’un a une suggestion qui améliore mon idée, je suis toujours ouverte à ça. Je m’autorise aussi à changer d’idée et à dire : « Ça ne fonctionne pas. Faisons plutôt ça. »

Whatcha Want, comme la plupart de vos films, rend hommage à Vancouver, votre ville natale adorée. Qu’est-ce qui vous inspire tant à Vancouver?

On a en fait tourné une grande partie du film à Victoria, tout simplement parce qu’on y a trouvé des décors qui nous ont vraiment plu, comme le studio de danse. C’est une bonne façon d'étirer notre budget, parce que tourner à Vancouver commence à coûter cher. Mais j’ai gardé mon esprit vancouvérois [rires].

Pour répondre à votre question, c’est là où je me sens chez moi. Pour moi, Vancouver, c’est ce son merveilleux qu’on entend quand on est sur la plage, que les vagues viennent doucement lécher le rivage, et qu’on entend sept langues différentes, dont trois qu’on n’arrive même pas à identifier. On vit dans une ville comme ça. Pour moi, c’est vraiment génial.


Ingrid Randoja
Journaliste indépendante, Ingrid Randoja est l'ancienne responsable éditoriale de la section Film du magazine NOW de Toronto, l'ancienne rédactrice en chef adjointe du magazine Cineplex et l'une des membres fondateurs de la Toronto Film Critics Association.
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