Comment Aircraft Pictures a contribué à l’envol du film d’animation «Julián» 

Il a fallu bien plus qu'un village pour créer Julián. L’Irlande, le Luxembourg, le Danemark et le Canada ont uni leurs forces pour réaliser ce long métrage d'animation dans lequel un jeune garçon découvre la sirène qui sommeille en lui. Nous avons discuté avec le producteur et président de la boîte de production canadienne Aircraft Pictures, Anthony Leo, du rôle essentiel joué par son équipe pour faire décoller cette coproduction internationale.

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Le film d'animation Juliàn. Image: Aircraft Pictures

Lorsqu’on gère une coproduction comme Julián, un long métrage d’animation ayant mobilisé plus de 150 artistes aux quatre coins du monde, l’expérience est un atout précieux. 

Ayant travaillé sur des projets destinés au jeune public, tels que le long métrage Youngblood, la série à succès Geek Girl sur Netflix, Gangnam Project sur CBC Gem et le long métrage d’animation sélectionné aux Oscars The Breadwinner, le producteur Anthony Leo et l’équipe d’Aircraft Pictures, établie à Toronto, ont pu mettre à profit leur expertise, notamment en matière de financement et de distribution. 

Adapté du populaire livre pour enfants Julian Is a Mermaid de Jessica Love, le film raconte l’histoire d’un jeune garçon qui apprend à s’affirmer durant l’été, pour finalement décider de s’habiller en sirène pour le célèbre défilé des sirènes de Coney Island. 

Julián est une magnifique animation 2D dessinée à la main par une armée d’artistes des studios de Cartoon Saloon (Irlande), Melusine Studio (Luxembourg), Sun Creature (Danemark) et Guru Studio (Canada). Fait intéressant : en janvier dernier, Anthony Leo est devenu président de Cartoon Saloon tout en conservant son rôle au sein d’Aircraft Pictures. 

Le film – qui a bénéficié du soutien du Programme pour les distributeurs du Fonds des médias du Canada (aujourd’hui le Programme des enveloppes des distributeurs) – sera présenté en première mondiale ce mois-ci au Festival international du film d’animation d’Annecy. Nous avons rencontré Anthony Leo par Zoom, alors qu’il se trouvait en France, pour discuter de la création de Julián, de sa collaboration avec l’actrice Zoe Saldaña et de l’avenir de l’animation à l’ère de l’intelligence artificielle. 

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Anthony Leo, producteur et président de Aircraft Pictures. Photo courtoisie de Aircraft Pictures.

Julián est le premier long métrage d’animation d’Aircraft Pictures depuis The Breadwinner, sorti en 2017. Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir à l’animation? 

C’est vrai. Il y a environ 10 ans, nous avons contacté le studio d’animation irlandais Cartoon Saloon avec un projet que nous avions développé, The Breadwinner, en vue d’une coproduction. Et ça s’est très bien passé : le film a reçu un excellent accueil et remporté de nombreux prix. À l’époque, on avait acquis les droits du livre et on l’avait adapté, avant de leur présenter le projet.  

Cette fois-ci, ce sont eux qui adaptaient un livre et qui sont venus nous voir en disant : « Et si on essayait de recréer la magie une autre fois? Seriez-vous intéressés à coproduire avec nous? » On a immédiatement accepté parce que c’était un livre génial et qu’on adore travailler avec eux. 

Pouvez-vous nous résumer brièvement le film? 

Julián est un jeune garçon qui passe l’été à Brooklyn, chez sa grand-mère qu’il connaît à peine. Il découvre qu’un défilé appelé « The Mermaid Parade » (le défilé des sirènes) y a lieu chaque été. C’est un événement qui existe vraiment. Puis il rencontre trois filles qui considèrent ce défilé comme le moment fort de leur été et qui planifient avec enthousiasme leurs costumes. Julián décide qu’il veut, lui aussi, devenir une sirène.  

Son été est parsemé de difficultés, mais c’est vraiment une chance pour lui d’apprendre à s’exprimer pleinement. Ce cheminement aide aussi sa « abuela » (grand-mère) à s’affirmer à son tour.  

Le film est réalisé par les Irlandais Louise Bagnall et Mark Mullery, ainsi que par Guillaume Lorin, originaire de la Guadeloupe. Pourquoi avoir fait appel à trois réalisateurs? 

Pour Louise Bagnall, qui est la réalisatrice principale, il s’agit de son premier long métrage, alors on voulait lui offrir le plus de soutien possible. Elle a déjà été sélectionnée aux Oscars pour son court métrage Late Afternoon, donc elle n’avait pas besoin de beaucoup d’aide. Mais comme l’histoire porte sur un jeune garçon d’origine dominicaine, et même si Julián n’est pas nécessairement LGBTQ+, on souhaitait que Guillaume Lorin participe au projet puisqu’il vient de cette région du monde et qu’il est lui-même queer. Quant à Mark Mullery, il possède une grande expérience en tant qu’assistant réalisateur sur certains projets majeurs de Cartoon Saloon. Sa contribution a été précieuse pour les aspects techniques du projet. 

Comment Zoe Saldaña et sa société de production, Cinestar Pictures, se sont-elles jointes au projet? 

On a entamé des discussions très tôt dans le processus. Zoe et ses sœurs, Cisely et Mariel, ont des racines dominicaines, et Zoe Saldaña s'est toujours montrée très solidaire de la communauté LGBTQ+, particulièrement en soutenant son neveu, qui est non binaire. Dès qu’on leur a présenté le projet, elles ont tout de suite été séduites. Elles ont aimé la façon dont nous racontions l’histoire et ont voulu contribuer à faire rayonner son message. 

Craigniez-vous qu’une collaboration avec elles leur donne une influence trop importante sur le projet? 

On avait déjà travaillé avec Angelina Jolie sur The Breadwinner. À ce stade de leur carrière, avec ce niveau de notoriété, ces personnalités ont l’embarras du choix pour leurs projets. Il faut donc qu’ils correspondent réellement à leurs valeurs et à leurs intérêts. Dans ce cas-ci, Julián répondait à tous les critères. Il nous a fallu du temps pour attirer leur attention, car elles sont très sollicitées. Mais dès qu’elles ont lu le scénario et vu une première version du film, elles ont immédiatement adhéré au projet. 

Comment se porte l’industrie de l’animation en matière de création et de commercialisation? 

À l’échelle mondiale, on traverse une période d’ajustement. Le rythme a ralenti depuis la pandémie, alors que l’animation a connu une forte croissance. À cela s’ajoute l’essor des contenus générés par l’intelligence artificielle, ce qui crée un contexte plus difficile. Malgré tout, on a la chance de collaborer avec des créateurs au sommet de leur art. Il y aura toujours une demande pour une animation de très grande qualité. 

L’arrivée de l’IA dans le domaine de l’animation vous empêche-t-elle de dormir? 

Ce qui me rassure, c’est ce qui semble se dessiner, particulièrement chez la génération Z. On observe une certaine réaction de rejet face au contenu généré par l’IA, surtout chez les jeunes. On a l'impression que c'est encore une nouveauté, mais je pense que l’abondance de ce type de contenu sur YouTube et les autres plateformes finira rapidement par lasser les gens. Le public n’est pas dupe. 

Oui, la qualité va s'améliorer à mesure que les investissements augmenteront – et ce phénomène n'est pas près de disparaître –, mais les gens ne vont pas consommer plus de contenu juste pour le plaisir. Il faut que ce soit quelque chose de spécial pour que les gens y consacrent leur précieux temps. 

The Breadwinner mettait en scène une jeune fille dans un Afghanistan déchiré par la guerre, tandis que Julián suit un garçon qui se sent différent. À quel point est-ce important pour Aircraft Pictures de produire des films porteurs de sens pour les enfants? 

C’est extrêmement important. Ce qui est intéressant avec un projet comme Julián, c’est que certains distributeurs internationaux nous ont dit : « J’adore le film, mais je ne pourrais pas le montrer à mon enfant de sept ou neuf ans ». On va forcément croiser des gens qui pensent comme ça. Mais je sais, d’après ma propre expérience… que d’une certaine manière, je suis Julián. Quand j’étais enfant, aucun film ne me disait : « Ne t’inquiète pas si tu es un peu bruyant, différent, c’est normal de passer par là ».  

Nous avons besoin d’enfants comme ça, qui s’expriment librement. Ils ont besoin d’endroits où ils sont représentés à l’écran sans avoir l’impression de devoir réprimer qui ils sont, parce que c’est quelque chose de magnifique. Trop souvent, cet élan est étouffé dès le plus jeune âge.


Ingrid Randoja
Journaliste indépendante, Ingrid Randoja est l'ancienne responsable éditoriale de la section Film du magazine NOW de Toronto, l'ancienne rédactrice en chef adjointe du magazine Cineplex et l'une des membres fondateurs de la Toronto Film Critics Association.
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