Le nouveau TIFF : le Marché débarque à Toronto, et voici ce qu’il réserve aux membres de l’industrie

Le Festival international du film de Toronto (TIFF) lance son Marché, et les membres de l’industrie du cinéma et de la télé sont invités à venir y brasser des affaires. Son directeur, Charles Tremblay, et la directrice générale de la programmation du TIFF, Anita Lee, nous amènent dans les coulisses de cet événement d’envergure.

« Si tu le construis, ils viendront. »

Bon, ce n’est pas exactement la réplique tirée du film Field of Dreams (il faudrait remplacer « ils » par « il »), mais c’est une devise qui s'applique parfaitement à l’équipe responsable de lancer la toute première édition du TIFF : le Marché.

Pendant sept jours (du 10 au 16 septembre), dans le cadre du Festival international du film de Toronto (TIFF), TIFF : le Marché réunira les industries mondiales du cinéma, des séries et de l’innovation en un seul lieu, au cœur du centre-ville de Toronto.

« L’ingrédient le plus important pour assurer le succès du Marché est la création d’une plateforme efficace et abordable qui permet aux principaux acteurs de l’industrie mondiale de faire des affaires », explique Charles Tremblay, directeur du TIFF: le Marché, par courriel.

« L’espace, la programmation, les événements : tous les éléments principaux doivent être conçus de manière à maximiser les opportunités pour que les acheteurs, les vendeurs, les créateurs et les professionnels de l’industrie puissent se rencontrer, découvrir des projets multiplateformes et acquérir des contenus variés qui rejoignent les publics d’ici et d’ailleurs. »

Et le monde du divertissement répond présent.

« Nous avons écouté les vendeurs, qui nous ont dit qu’une vaste base d’acheteurs constituait pour eux une valeur ajoutée essentielle. On a donc invité 200 acheteurs provenant de toutes les grandes régions du monde qui n’étaient jamais venus au TIFF ou qui n’y avaient pas participé depuis un certain temps, poursuit Charles Tremblay. Grâce aux recommandations de certaines des principales agences de vente et organisations nationales de financement de l’industrie, nous avons dressé une excellente liste et obtenu, dès le début du mois de juin, la confirmation de plus de 130 acheteurs issus de 49 pays. »

S'adapter au contexte post-pandémique

Il y a quelques années, Anita Lee, directrice générale de la programmation du TIFF, a constaté que l’industrie du divertissement avait profondément changé après la pandémie et que c’était l’occasion pour le festival d’évoluer avec elle.

« Le contexte s’était grandement transformé après la COVID, explique-t-elle au téléphone depuis Toronto. La réalité, c’est que les coûts ont énormément augmenté et que l’ensemble de l'industrie doit être beaucoup plus efficace dans sa façon de mener ses activités. Quelle valeur chaque marché apporte-t-il? Quelle valeur représente la participation à chaque festival? »

« Ce qui est devenu évident, c’est que le TIFF, qui approchait alors de son 50e anniversaire, était déjà un festival avec une importante dimension commerciale. »

Aucun autre festival de cinéma nord-américain – que ce soit Sundance, New York ou Telluride – ne propose actuellement de marché officiel.

« J’ai toujours cru que c’était une occasion manquée de ne pas avoir de marché officiel associé au plus grand festival de cinéma grand public au monde, affirme Charles Tremblay. Beaucoup de gens dans l’industrie partagent ce point de vue, notamment parce qu’il existe un écart de huit mois entre les marchés de Cannes et de Berlin, qui ont tous deux lieu en Europe. Comme il n’existe aucun grand marché associé à un festival majeur à l’automne, ni aucun marché d’envergure sur le continent américain, il y a un vide à combler, autant sur le plan temporel que géographique. »

Au menu du Marché

La création de ce grand rendez-vous a représenté un travail colossal. L’équipe a développé plusieurs volets, dont une scène de présentation (Pitch Stage), où seront présentés des projets prêts à être commercialisés.

On y retrouvera également un lieu d’échange de droits de propriété intellectuelle (IP Exchange), où « des particuliers et des entreprises détenant des droits de propriété intellectuelle dans les domaines de l’édition, des marques, du jeu vidéo et des médias immersifs rencontreront des sociétés de production et des studios de cinéma et de séries afin de vendre les droits de leurs histoires », explique Charles Tremblay.

Un laboratoire de développement des talents (Talent Development Lab) mettra en vedette 50% de producteurs canadiens et 50% de producteurs internationaux. Le Sommet (The Summit) proposera quant à lui des discussions avec des leaders influents de l’industrie, dont Pam Abdy et Mike de Luca, les coprésidents et PDG de Warner Bros.

Charles Tremblay est particulièrement enthousiaste à propos des projections du marché (Market Screenings), une initiative qui permettra aux participants de personnaliser leur public.

« C’est une véritable révolution pour les créateurs et les producteurs, affirme-t-il. Ça leur permettra d’obtenir une rétroaction en temps réel, autant de la part d’acheteurs que de publics ciblés correspondant aux segments démographiques qu’ils souhaitent rejoindre avec leur contenu. Ces commentaires sont une façon précieuse de valider ou de peaufiner leurs histoires, puisque les projets présentés peuvent être finaux ou en voie de l’être. »

Conseils pour les créateurs canadiens

TIFF : le Marché offre aux créateurs canadiens une occasion unique de présenter, vendre, acheter et développer leurs œuvres ici même, sans devoir aller à l’étranger. Mais naviguer parmi les différents programmes peut sembler intimidant, c’est pourquoi Anita Lee y va de quelques conseils.

« Si vous comptez poser votre candidature à un programme, renseignez-vous bien sur celui-ci. Assurez-vous de bien préparer votre projet et de savoir clairement ce que vous souhaitez accomplir avec celui-ci. Posez-vous la question : est-ce que je cherche un investisseur? Un coproducteur? Un distributeur? »

« C’est une industrie fondée sur les relations, enchaîne-t-elle. Il est possible que vous ne puissiez pas tout accomplir en une seule année. Il faut donc voir plus loin, considérer l’ensemble de vos projets. Y a-t-il un projet qui aura besoin de financement l’an prochain? Quelles sont les étapes clés que vous pouvez franchir pour faire progresser votre projet? »

Charles Tremblay abonde dans le même sens.

« Si un créateur présente un projet, de façon officielle ou informelle, il doit avoir en main du matériel de qualité et être capable d’expliquer son histoire de manière claire et concise. Au Marché, les créateurs doivent se concentrer sur la création de relations, ce qui est différent du simple réseautage. Il faut écouter activement et avoir de véritables conversations qui aideront à obtenir des rendez-vous ou des appels de suivi. »

Ce qui réjouit particulièrement l’équipe du TIFF: le Marché, c’est de voir que l’industrie canadienne du divertissement vit actuellement son heure de gloire. Le succès de nos séries, comme Heated Rivalry, Empathie et North of North, contribue à renforcer la crédibilité du marché.

« Avec le contexte politique mondial actuel, et avec notre voisin au sud, il y a tout de même une lueur d’espoir, souligne Anita Lee. Le Canada bénéficie d’une excellente réputation et inspire une grande confiance en ce moment. Notre premier ministre est très apprécié à l’échelle internationale, et les Américains, très présents au festival, nous font savoir que le moment ne pourrait être mieux choisi pour que le TIFF lance un nouveau marché, car les gens s'intéressent beaucoup au Canada comme partenaire fiable et ouvert. »

Informations sur le TIFF: le Marché

Site Web : tiff.net/themarket

Inscription (jusqu’au 5 août 2026) : 695 $ + TVH

Inscription tardive (à partir du 6 août 2026) : 800 $ + TVH

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Ingrid Randoja
Journaliste indépendante, Ingrid Randoja est l'ancienne responsable éditoriale de la section Film du magazine NOW de Toronto, l'ancienne rédactrice en chef adjointe du magazine Cineplex et l'une des membres fondateurs de la Toronto Film Critics Association.
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