Moteur, action, inclusion – Épisode 2

Moteur, action, inclusion est la toute première série vidéo proposée par Futur et Médias, la plateforme éditoriale du Fonds des Médias du Canada (FMC). Elle se penche sur les enjeux de représentation et d’inclusion sur les écrans au Québec et surtout, se consacre aux pistes de solution qu’on voit à l’horizon. 

Gaëlle Essoo, rédactrice en chef de Futur et Médias et Diego Briceño, chef principal contenu et diversité au FMC, ont réuni une vingtaine de personnes clés de l’industrie des écrans au Québec, autour de cinq tables rondes, dans le but d’avoir de longues et fructueuses conversations. 

Au fil des épisodes, nous aborderons divers enjeux et points de vue afin de décrypter les particularités de la situation au Québec et réfléchir ensemble à l’avenir d’une industrie plus inclusive et équitable, en ayant en tête les prochaines générations. 

Épisode 2 : comment atteindre une représentation authentique sur les écrans?

Dans ce deuxième épisode, nous reviendrons sur l’importance de se reconnaître à l’écran et discuterons des implications plus larges d’avoir des médias représentatifs d’une population en constante évolution. 

Invitées

  • Pallina Michelot, fondatrice de l’Agence On est là!
  • Nadia Kounda, actrice
  • Sarah Chatelain, productrice chez Écho Média

À RETENIR 

La section “À retenir” vous est proposée par Rime El Jadidi

Une définition plus inclusive de la culture québécoise

Au cours de cet échange, la question de l’authenticité dans les écrans au Québec a engendré un questionnement plus large, celui de définir la culture québécoise. 

Selon Pallina Michelot, la culture actuelle à l'écran ne représente pas la culture québécoise dans sa totalité: “Je pense que c’est une perspective de culture québécoise, mais ce n'est pas complet”.

Une partie de la population québécoise ne se retrouve pas à l'écran, poursuit-elle, surtout les publics plus jeunes et/ou ceux issus des communautés autochtones et racisées.

«On a une relève incroyable de jeunes qui sont vraiment éveillés par rapport à ce qu’est leur culture, ajoute Pallina Michelot. Quand je leur demande: “C’est quoi la culture québécoise?”, ils ne vont pas me décrire une série quotidienne qu’on voit à l’écran.»

Ces mêmes séries et programmes télévisés offrent encore peu de rôles à certaines catégories de comédiennes et comédiens, selon Nadia Kounda. L’actrice, qui a commencé sa carrière au Maroc avant de rejoindre le Québec, a attendu dix ans avant d’obtenir des rôles à la télévision. Elle raconte que pendant longtemps, même pour des personnages décrits comme "typés", elle n'était pas considérée à cause de son accent. 

N’ayant accès qu'à un genre limité de rôles, Nadia Kounda avoue se sentir parfois «instrumentalisée». «Je me suis sentie comme un produit, parce qu’on a besoin de moi maintenant, donc bien sûr on va me dire: “T’es belle, t’es intelligente, t’es talentueuse, on a besoin de toi…”  Mais il y a quelques années, ce n'était pas le cas.»

Pallina Michelot, qui est également actrice, se rappelle qu’à ses debuts, lorsqu’elle candidatait pour des personnages de «femme québécoise», elle se faisait dire qu’elle ne pouvait pas jouer ces rôles-là, malgré le fait qu’elle porte cette identité. 

Pour Sarah Chatelain, la situation actuelle s’explique en partie par le besoin historique, pour la télévision québécoise, de se démarquer de la culture anglophone pour survivre. «Je pense qu’il y a une forme d’état de survie qui a eu lieu pendant plusieurs années dont on n'est pas sortis, mais qu’il faut qu’on commence à s’enrichir de plus que ça. Si tous les Québécois·es s’y voient et en font partie, c’est ce qui va faire que la culture québécoise va continuer de se démarquer et d’exister.» Selon elle, le danger d'être submergé par la culture américaine ou la culture anglophone canadienne est encore présent. «Je pense qu’il faut garder ce qui a été bâti en arrière, mais faire attention de ne pas perdre de vue que l’avenir est en train de changer.»

Se détacher du star système?

Développer et encourager un star système a été le mécanisme de défense principal du Québec, poursuit la productrice. «Maintenant, la question c’est: “Est-ce qu’on délaisse le concept du star système, ou est-ce qu’on fait du star système un star système plus inclusif?”», s’interroge Sarah Chatelain. Elle remarque qu'à l'international, au sein de la majorité des plateformes de diffusion en continu, «il y a une tendance à se séparer du star système puis d’offrir des nouveaux visages pour créer une authenticité puis un attachement aux personnages. Si on regarde les séries qui sont les plus populaires en streaming, la plupart ne mettent pas en vedette des personnalités qui sont déjà hyper connues.»

Pallina Michelot est d’accord avec l'idée d'élargir le star système et de le rendre plus inclusif. «Pour moi, il y a de la place pour tout le monde, c’est juste que le star système doit évoluer et doit vraiment être à grande échelle, et qu’on arrête d’avoir peur que: “Parce qu’il y a plus de gens à côté de nous, on va avoir moins de place”, parce que ceux qui t’aiment vont toujours t’aimer, même s’ils aiment quelqu’un d’autre.»

Encourager la professionnalisation 

Pallina Michelot s’indigne qu’on demande encore aux professionnel·les issu·es de communautés marginalisées (que ce soit de diversité corporelle, culturelle, de diversité d’accents, de neuro-diversité, ou autres) de travailler gratuitement pour faire leurs preuves dans l’industrie dominante. Cela touche autant les personnes immigrées que les personnes autochtones qui ont travaillé dans les milieux indépendants. “À un moment donné, il faut refuser. Une personne chevronnée qui serait caucasienne n’accepterait jamais ça, voire te demanderait le double de salaire pour ce que tu lui demandes de faire”, ajoute-t-elle.

Pour y arriver, Sarah Chatelain pense qu’il faut qu'on sorte de l'émergence. La plupart des initiatives visant l’inclusion des talents issus de communautés marginalisées se limitent à de l’initiation et n'offrent pas de cheminement professionnel. «Je pense que dans dix ans, ça serait le fun qu’on ait dépassé l’étape de l’émergence pour les créateur·trices qui sont issu·es de différentes diversités et qu’on ait une télé qui est rassembleuse. C’est vraiment ça l’idée, qu’on s’y voit tous·tes, et qu’on puisse ressentir un sentiment d’appartenance avec cette télé-là.» Pour elle, la prochaine étape après la représentation, la diversité, et l’inclusion est de développer ce sentiment d’appartenance. Aller au-delà du fait de se retrouver à l'écran ou derrière la caméra pour se sentir ancré dans la culture d’ici.


Gaëlle Essoo
Gaëlle Essoo travaille pour le Fonds des Médias du Canada en tant que rédactrice en chef de la plateforme éditoriale Futur et Médias. Elle est aussi chargée de projets pour l'équipe Croissance & Inclusion. Avant de joindre le FMC, elle travaillait pour la chaîne d’information internationale France 24 en tant que cheffe d’édition pour les programmes consacrés aux droits des femmes à travers le monde. Elle a également été conseillère de presse pour l’Ambassade de France au Canada.
En savoir plus