Ariane Brunet veut faire du bien (et vous faire rire)

« Je vais faire rayonner la culture, c'est promis! » L’humoriste Ariane Brunet, sélectionnée pour le Programme pilote pour la création numérique du Fonds des médias du Canada, parle des nombreuses « casquettes » qu’elle porte et de son envie de rejoindre sa génération.

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Ariane Brunet. Crédit photo: villedepluie

L’humoriste Ariane Brunet est l’une des 21 créatrices et créateurs de contenu qui se partagent une enveloppe totale de 394 000 $ dans le cadre de la troisième édition du Programme pilote pour la création numérique (PPCN) du Fonds des médias du Canada (FMC).   

Comme tous les candidats retenus, la Montréalaise de 23 ans produit des vidéos et les diffuse sur les réseaux sociaux Instagram, TikTok, YouTube et Facebook. Dans un sketch humoristique présenté en mars dernier, on la voit par exemple racheter un vieux matelas taché (et puant, semble-t-il) au comédien Pier-Luc Funk.  

Ariane Brunet, qui se définit sur Instagram comme une « femme de blagues », est suivie sur le réseau social par plus de 120 000 amateurs – une audience qui devrait continuer d’augmenter, si on en croit la principale intéressée. C’est ce à quoi va servir l’aide financière du FMC, en plus de la soutenir dans le lancement de son projet de vidéos « qui font du bien » en abordant des thèmes sociaux sous forme de scénettes humoristiques… mais pas que! 

« Je travaille sur une longue vidéo YouTube avec mon frère dans laquelle on va faire de la musique, ajoute Ariane Brunet. Ce sont des vidéos qui font du bien. C’est vraiment juste ça. Je pense que le monde a besoin d'être diverti, et les créateurs ont besoin de soutien pour pouvoir le faire, alors qu'on le fait gratuitement depuis des années. »  

Travail d’équipe

Le frère d’Ariane – qu’elle considère aussi comme son meilleur ami depuis la tendre enfance –, c’est Charles Brunet, lui aussi humoriste. C’est avec lui qu’elle a fait ses premières armes devant et derrière la caméra.  

Ariane et Charles Brunet collaborent encore à ce jour, comme dans des vidéos inspirées de leur Noël ou de leurs vacances en famille.  Le duo a d’ailleurs été en nomination au dernier Gala Les Olivier dans la catégorie de la capsule web humoristique de l’année pour la vidéo Tu croises ta psy

« C'est vraiment important pour moi de créer des espaces dans lesquels je peux travailler avec les gens que j'aime! » s’exclame Ariane Brunet.  

Surtout que le travail numérique est souvent solitaire, et que l’humoriste est une fille d’équipe. Pendant six mois, d’avril à septembre 2027, la subvention du PPCN lui permettra d’intégrer à son équipe solo quelques « artisans talentueux », tels que des caméramans, des directeurs de la photographie, des monteurs, des preneurs de son, des auteurs et des comédiens.

Généraliser la génération Z

Ariane Brunet gagne principalement sa vie comme stratège de contenu pour la télé. Elle ne prévoit pas mettre sa carrière de côté pour devenir humoriste à temps plein. La stratège préfère « porter plusieurs casquettes », comme celle d’autrice de série (un nouveau projet qu’elle ne peut dévoiler encore) et celle de comédienne. Ariane Brunet a d’ailleurs participé à l’émission de téléréalité Big Brother : Le Piège, en 2025.  

La création de contenu numérique est l’une de ces nombreuses casquettes, mais le terme ne plaît pas trop à la jeune femme. La création de contenu, c’est un « mot-valise », estime-t-elle.  

« Ça ne me colle pas vraiment à la peau. Moi, je suis humoriste, et ça adonne que ma pratique est numérique. Je n'aime pas beaucoup cette manière de catégoriser, même si je comprends qu’on a parfois besoin d’expliquer les choses en les mettant dans des cases. » 

Et des manières de catégoriser son travail, il y en a à la pelletée. L’humoriste ferait ainsi partie de la nouvelle culture québécoise, soit celle qu’on ne retrouve pas dans les médias traditionnels, et aussi de la génération Z, puisqu’elle est née entre 1995 et 2012. À écouter les autres générations, sa vie se résumerait au téléphone intelligent et à la pandémie, déplore-t-elle. Généraliser toute une génération, la sienne, c’est selon elle une forme de snobisme.  

« Je peux être juste une artiste! » lance Ariane Brunet. 

« On ne dira pas de France Castel qu'elle est boomer, tu comprends ce que je veux dire? » poursuit l’humoriste. 

La culture québécoise et les jeunes

Ariane Brunet en a long à dire sur l’offre culturelle traditionnelle destinée à sa génération. 

Dans une sortie remarquée en octobre 2025, Ariane Brunet dénonçait la faible présence des contenus destinés aux jeunes dans les médias traditionnels, notamment dans la grille horaire des stations de télévision. Il faut des œuvres faites par et pour les jeunes, et les rendre accessibles, martèle celle qui a grandi en écoutant Les Appendices, Le cœur a ses raisons et Les pieds dans la marge.

Pour Ariane Brunet, les gens de son âge consomment et produisent de la culture québécoise, nouvelle ou pas, mais l’offre culturelle traditionnelle n’est tout simplement pas suffisante ou même intéressante.  

« Il y a un seul show pour les jeunes, et s'ils ne l'écoutent pas, on dit : “Ben c'est ça, on a essayé!”. Le reste de la grille horaire est destiné à une tranche d'âge qui n’est pas la nôtre. Après ça, on dit que les gens s'en vont sur le Web. Oui, parce qu'il y a une offre pour eux! » souligne l’humoriste.

Avec son financement, Ariane Brunet veut produire des objets culturels drôles et accessibles à toutes les générations, à tous ceux qui savent pitonner sur un téléphone intelligent. Des vidéos qui font du bien « pour que les journées soient moins longues ». 

« Je vais faire rayonner la culture, c'est promis! » conclut l’humoriste. 


Florence Tison
Florence Tison est journaliste, illustratrice, et naturaliste à ses heures.
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