La Maison-Bleue: Rire, made in Québec

Que se serait-il passé si le Québec était devenu un pays après le référendum de 1995? Pour le découvrir, j’ai regardé les deux premiers épisodes de La Maison-Bleue. Maximum trois. Puis, sans m’en rendre compte, je me suis laissée prendre au jeu. Soudainement, il était déjà une heure du matin et j’avais visionné les 10 épisodes de la première saison. Et j’en aurais pris plus. Le réalisateur Ricardo Trogi avait d’ailleurs mentionné en entrevue: «J’espère que les gens auront la patience d’écouter quelques épisodes avant de décider s’ils aiment la série ou pas. Il faut donner le temps aux histoires de se développer pour savoir si on est intéressé.» Il ne m’avait cependant pas prévenue qu’après avoir vu trois épisodes, ce serait difficile de s’arrêter là!

Indescriptible

Difficile de décrire à quoi ressemble la série humoristique La Maison-Bleue puisque peu d’émissions actuellement présentées à la télévision ont une facture similaire. C’est comme si on avait pris des personnages loufoques comme dans la comédie La Petite vie, et qu’on les avait lancés dans le décor de The West Wing. Ricardo Trogi explique d’où est venue cette idée: «Au départ, Daniel Savoie et moi, nous voulions faire une série fictive avec un genre de CIA québécoise, peut-être un James Bond québécois, mais avec moins de ressources! J’imaginais tout ça dans un contexte de Québec indépendant farfelu, et c’est l’angle qui a plu au diffuseur Radio-Canada. Il faut dire que nous sommes les premiers à avoir mis un Québec indépendant fictif à l’écran. On a développé La Maison-Bleue en s’inspirant du système politique américain, dans un univers loin de la réalité et, surtout, vraiment rigolo. D’ailleurs, le président a des problèmes d’estomac, des problèmes de voisinage, des problèmes de couple… beaucoup plus que des problèmes politiques, en réalité.»

Crédit photo: Véronique Boncompagni

Apolitique

Mettre en scène une série qui se déroule dans un Québec indépendant était un choix délicat qui aurait pu soulever les passions. En effet, l’indépendance du Québec revient régulièrement sur le tapis dans les médias, mais le réalisateur a manifestement voulu s’éloigner de cette discussion. «On ne voulait pas prendre position et entrer dans les débats entre libéraux et péquistes. On ne fait pas de promotion ou de militantisme pour quelque cause que ce soit. Je voulais aller ailleurs pour faire rigoler, tout simplement. C’est pour cette raison qu’on s’éloigne de la réalité québécoise ou canadienne en s’inspirant du système américain. On est dans une république, avec des gouverneurs de régions. Surtout, tous les états sont également malhabiles. Le Québec a l’air ridicule dans la série, mais le reste du Canada et les États-Unis le sont aussi. Personne n’est plus intelligent que les autres et c’est ce qui rend ça drôle.»

Comique

Connu pour ses projets humoristiques, Ricardo Trogi est resté fidèle à lui-même avec cette série. Ce qui l’amuse le plus, dans le concept de La Maison-Bleue, est de créer des personnages qui ont une volonté de réussite, mais avec bien peu de moyens pour atteindre leurs buts: «Ce qui me fait rire, ce sont les gens qui ont des ambitions, mais qui n’en ont pas les moyens. Par exemple, on a une quête où le Québec essaie de s’acheter un sous-marin de guerre. Mais où et comment on achète ça, un sous-marin? Qui appelle-t-on? Combien ça coûte? En poussant l’idée un peu, on s’éloigne du gros bon sens, ça devient niaiseux et on en rit. C’est vraiment de la grosse blague et du rire assumé.»

Crédit photo: Véronique Boncompagni

Ambitieux

Si les personnages de la série n’ont pas les moyens de leurs aspirations, le réalisateur ne se place assurément pas au-dessus de ce type de défi: «Nos ambitions pour rire des ambitions des autres ont fait que c’est la série la plus difficile des productions que j’ai faites! En cinéma et en télé, j’aimerais souvent faire de grandes choses, mais je n’en ai pas toujours les moyens. J’ai trois jours de tournage pour faire un épisode de 30 minutes, mais j’en prendrais facilement cinq. Je vis ça au quotidien. Il a fallu se serrer la ceinture à plusieurs niveaux, pour tourner plus vite et garder notre budget pour la direction artistique. On devait trouver une maison qui ressemble à la Maison-Blanche, assez cossue pour prétendre que c’est celle d’un président. Il fallait construire un bureau ovale semblable à celui du président américain, tout ça en studio. C’est une série large, qui demande beaucoup de personnages. Ça prend des costumes pour une armée québécoise. On a besoin d’effets spéciaux pour créer un sous-marin et une base secrète. Tout cela engendre des coûts astronomiques pour ce qu’on fait habituellement au Québec. Bref, c’est facile de transposer les difficultés que nos personnages vivent à notre réalité de créateurs, et vise versa.»

Crédit photo: Véronique Boncompagni

Dramatique

Malgré les limites et les défis inhérents à la production télévisuelle, l’équipe s’est fait un devoir de présenter la série la plus soignée possible, comme le souligne Ricardo Trogi: «On a tourné de façon soutenue, sérieuse, avec de beaux mouvements de caméra. Je suis resté très sobre, très classique dans la réalisation. C’est réalisé et joué comme un drame, en fait. Personne ne fait d’expressions caricaturales, alors que les dialogues sont complètement stupides. D’ailleurs, Guy Nadon a été choisi pour le rôle du président parce qu’il est très crédible et il joue habituellement des rôles très sérieux. Donc quand il dit des conneries, ça devient vraiment très drôle!»

Une formule gagnante puisque, bien que le dixième épisode a été présenté de façon à ce que la série puisse se terminer à ce moment-là ou se poursuivre, La Maison-Bleue a été reconduite pour une deuxième saison. À la prochaine fois? Certainement! Et heureusement pour les téléspectateurs, parce qu’on ne voulait pas que ça s’arrête là.

La première et la deuxième saison de La Maison-Bleue sont présentées sur ici Tou.tv. Vous pouvez aussi suivre la série sur son site officiel.


Myriam Kessiby
Depuis les 15 dernières années, Myriam a travaillé dans une panoplie de domaines liés aux médias: production cinématographique, télévision, radio, marketing, Internet, journalisme et plus. Elle est présente autant devant que derrière les caméras. Sa passion pour la création et son talent pour les entrevues l’ont emmené à contribuer au blogue de #VueSurLeCanada afin de raconter les histoires de succès des productions financées par le FMC. www.myriamkessiby.com
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