«Jumelles» : une affaire de famille

Quand les frères Anderson Jean, scénariste et réalisateur, et Fayolle Jean Jr, comédien, unissent leurs forces, ça donne la nouvelle série jeunesse Jumelles. Une histoire de famille inspirante, devant et derrière l’écran.

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Jumelles. Crédit photo : Eve B.Lavoie

Les frères Anderson et Fayolle Jean Jr ont vu de près l’évolution de la diversité à la télévision québécoise. D’origine haïtienne, leur père, Fayolle Jean, fait partie des premiers comédiens afrodescendants au Québec. Plusieurs artistes ont été inspirés par lui, y compris ses fils, qui ont eu envie de suivre ses pas. Petit, Fayolle Jr adorait l’accompagner dans les coulisses des plateaux de tournage. Tellement qu’il est lui-même devenu acteur, à l’aube de la vingtaine. De son côté, Anderson s’est intéressé davantage à son travail de réalisateur. Du cinéma au dessin, de la poésie au jeu, les cinq enfants Jean sont tous nés avec la fibre artistique. À l’abri des projecteurs, leur mère, elle, s’est appliquée à ce que chacun aille au bout de ses rêves.

La famille vient d’en réaliser un grand avec la nouvelle fiction jeunesse Jumelles, le plus important projet commun du clan jusqu’à maintenant, qui sera mise en ligne à partir du 11 juin sur l’Extra de Tou.tv. « C’est des trucs auxquels on ne peut même pas rêver! » lance Fayolle Jr avec enthousiasme.

Double standard

Produite par KOTV, avec l’appui financier du Fonds des médias du Canada, la série raconte la quête inusitée de deux sœurs de 14 ans, issues de l’union d’un couple mixte. Une condition rarissime différencie les jumelles : l’une est née avec la peau noire et l’autre, blanche. Jusqu’ici, elles n’y portaient pas attention, mais la mort d’une femme afrodescendante pendant une intervention policière les poussera à se questionner sur leur identité et sur le regard inégal que la société pose sur elles.

Idéateur du projet, Anderson Jean signe le scénario avec Marie-Élène Grégoire et Marie-Hélène Lebeau-Taschereau, récipiendaires d’un prix Emmy International cet automne pour La médiatrice. Il a eu l’éclair de génie en voyant des jumelles du même genre en couverture du National Geographic. « C’était à l’époque de George Floyd, se rappelle-t-il, et je trouvais intéressant de commencer la série avec un événement comme celui-là; des jumelles qui ont les mêmes parents, le même background, qui partent du même point et qui, malgré tout, vont avoir une vie différente juste à cause de la couleur de leur peau. »

Fayolle Jr incarne le père des adolescentes, un homme très présent qui s’est fait un devoir de les éduquer sur un pied d’égalité. Or, le drame très médiatisé vient tout remettre en question. « Il n’a jamais vraiment parlé de différence à ses filles parce que, pour lui, c’était important de montrer qu’on est égaux. Quand cet événement se produit, toutes ces discussions-là arrivent, par rapport à la couleur de leur peau, par rapport aux opportunités… Avec sa fille noire, mais aussi avec sa fille blanche. La jumelle noire va chercher son côté haïtien, mais sa sœur, même si elle est blanche, elle a aussi ce côté haïtien-là. C’est une identité qu’on ne voit pas, qu’on ne dit pas, mais qui est là. »

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L'acteur Fayolle Jean Jr. Crédit photo : Eve B. Lavoie

Famille élargie

Pour incarner les jumelles en question, la production a misé sur Irlande Côté, qui a brillé dernièrement dans Avant le crash, et Keyla Mingot, dans son premier rôle d’envergure.

Anderson Jean, qui réalise aussi l’un des 13 épisodes, aux côtés de Jean-Sébastien Lord, se réjouit de ce jumelage : « Elles ont la complicité de deux sœurs qui s’aiment beaucoup. C’était important pour la série. Elles s’entendent super bien et elles m’ont agréablement surpris en tant qu’actrices, particulièrement Keyla qui n’avait pas beaucoup d’expérience. Irlande aussi m’a impressionné par son talent et son professionnalisme. Cette famille-là, j’y crois! Il y a quelque chose de magique qui s’est passé, même avec l’équipe technique. »

Et qui de mieux pour contribuer à cette magie que le patriarche, Fayolle Jean père, qui fait également partie de la distribution. Les deux autres frères Jean (des jumeaux!) et leur sœur sont aussi impliqués dans le projet, que ce soit au montage, au graphisme, au jeu ou à la figuration.

« C’est drôle parce que le seul père que j’ai eu, autant dans la vie qu’à la télé, c’est mon père! » lance Fayolle Jr, toujours heureux de lui donner la réplique. « J’ai aussi beaucoup d’admiration pour mon petit frère. De jouer dans une série qu’il a créée et écrite, c’est vraiment extraordinaire. J’espère qu’il y en aura d’autres! »

L’importance de se voir

Les frères Jean saluent la représentativité de plus en plus grande à l’écran ces dernières années, dans des fictions qui se démarquent. Comme beaucoup d’interprètes afrodescendants, Fayolle père et fils ont connu les personnages de criminels ou de chauffeurs de taxi.

La télé d’aujourd’hui amène le public ailleurs. « C’est formidable de voir des séries comme Jumelles ou Lakay Nou, avec des acteurs d’origines diverses dans des rôles principaux, estime Fayolle Jr. Ça permet aux jeunes de s’identifier sans nécessairement devoir aller sur Netflix. On a besoin de se voir, le Québec en entier, d’origines diverses. C’est important. »

Et pour les Jean, se voir tôt dans la vie, c’est encore mieux. C’est pourquoi Jumelles a été d’abord pensée pour un public de 9 à 12 ans, bien qu’elle puisse rallier toutes les générations. « On a tendance à sous-estimer la maturité émotionnelle des jeunes, explique Anderson. Même si le point de départ est lourd, c’est une série vraiment lumineuse, par rapport à la sororité, à l’amitié… On parle des enjeux raciaux, de la quête d’identité, mais de manière positive. »

Fayolle Jr abonde dans le même sens : « Ce que je trouve différent par rapport aux autres séries jeunesse, c’est qu’on parle de racisme, de violence policière, d’identité, de parentalité… On a trouvé les bons mots et la bonne manière de le raconter à des jeunes, en gardant ça tout de même léger. Il y a beaucoup de discours qui nous divisent présentement et il faut mettre de l’avant qu’on est une seule et belle nation. Il faut qu’on puisse parler de nos différences, qu’on puisse s’écouter et apprendre sur les autres. »


Martin Grenier
Depuis plus de 15 ans, Martin Grenier met son talent au service des émissions les plus populaires de la télévision québécoise comme auteur, rédacteur, journaliste et stratège numérique. Il a notamment coécrit les deux best-sellers inspirés de l’émission La vraie nature et rédigé de nombreux articles pour mettre en lumière les créateurs québécois.
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