Les meilleures plateformes pour trouver du contenu d’ici 

Alors que les plateformes de diffusion en continu prolifèrent, trouver des contenus culturels d’ici relève souvent du parcours du combattant. Heureusement, des outils de recherche en ligne viennent en renfort.

On ne m’en a dit que du bien, et je n’ai pas eu la chance de le voir au cinéma lors de sa sortie en janvier 2025. Je cherche à visionner le long métrage Une langue universelle, du cinéaste canadien Matthew Rankin, décrit comme une comédie « surréaliste », qui se déroule quelque part entre Téhéran et Winnipeg. Avec tous les prix qu’il a remportés, le trouver devrait être si simple. Et pourtant…

5 outils pour repérer un film de chez nous

Quand je cherche à voir une production, mon premier réflexe (après celui de me faire un pop-corn) est toujours de visiter Oùvoir.ca, un site qui permet de repérer les longs métrages, toutes nationalités et genres confondus. Il suffit d’entrer le titre et hop! On vous indique dans quelle salle de cinéma, chaîne de télévision, plateforme de streaming ou vidéo sur demande le trouver au pays.

Créé en 2019, Oùvoir.ca répond à un besoin formulé par bien des cinéphiles : où peut-on voir les films après leur sortie en salle? « C'est une question qu’on nous posait continuellement, dit Martin Bilodeau, directeur général et rédacteur en chef de Mediafilm. On s'est dit que ce serait bien d'avoir un outil qui nous permet de repérer les films dans les fenêtres de diffusion. »

Fondé en 1955 et entièrement indépendant, Mediafilm est le gardien d’une base de données contenant plus de 80 000 fiches de longs métrages, dont plus de 2000 québécois. C’est cet organisme à but non lucratif qui est derrière Oùvoir.ca.

Or, cette base de données, Martin Bilodeau la compare à un iceberg : « Il y a toute une partie de ces longs métrages qui est invisible, et on se demande pourquoi elle est en dormance, alors qu'elle joue sur différentes plateformes ou qu’elle passe à la télé. L’idée est de faire remonter des films, de stimuler la curiosité des gens. »

Cette banque de données alimente d’autres outils de recherche, plus nichés ceux-là. D’abord Plein la vue, qui se concentre sur le cinéma canadien et autochtone. Le répertoire offert par Téléfilm Canada renferme plus de 5000 fiches. Il permet également de redonner vie aux films d’ici en orientant les cinéphiles vers les plateformes de diffusion, les chaînes de télévision et les salles de cinéma où ils existent encore.

Ce projet est « né en pleine pandémie, en 2020 », indique Virginie Pichet, gestionnaire, communications externes, à Téléfilm Canada. « Alors que tout le monde était confiné, Téléfilm a créé un agrégateur pour permettre au grand public de découvrir et de visionner du contenu canadien », ajoute-t-elle.

Aime ton cinéma joue le même rôle, mais que pour le cinéma québécois.

Le site JustWatch propose un outil de recherche similaire, qui détaille où trouver les films et les séries, sans égard à leur provenance, sur les services de diffusion en continu accessibles au pays sélectionné. Ce n’est toutefois pas sur ce site qu’on vous référera les plateformes locales comme illico+ ou CBC Gem.

Résultat : selon ces différents outils, Une langue universelle est, au moment d’écrire ces lignes, accessible autant sur les plateformes étrangères (Netflix, YouTube, Apple TV, Prime Video) que locales (Tou.tv, illico+, Crave, TVA+). Les algorithmes de recommandations de plusieurs de ces plateformes ne me l’avaient tout simplement pas fait savoir…

À la rescousse de la découvrabilité

Avec la mort des clubs vidéo et la multiplication des plateformes numériques, ces sites de recherche sont-ils une solution au problème de découvrabilité des contenus locaux? J’ai posé la question à Stéfany Boisvert, professeure à l’École des médias de l’UQAM.

Selon elle, les sites comme Oùvoir.ca et Plein la vue aident définitivement à découvrir plus facilement des contenus d’ici, surtout dans un contexte où les gens ont de plus en plus de difficulté à repérer les productions locales une fois qu’ils ne sont plus en salle.

Ces sites ne règlent cependant qu’une partie du problème : « La découvrabilité, c'est la capacité à facilement repérer un contenu, mais c’est aussi de pouvoir découvrir des contenus dont on ne connaissait pas déjà l’existence, sans les chercher », rappelle-t-elle.

Le rôle des entreprises étrangères

Pour améliorer la visibilité des productions d’ici, Stéfany Boisvert croit que plusieurs autres solutions doivent être mises en place simultanément. L’une d’elles concerne les plateformes de diffusion étrangères, et plus précisément leurs algorithmes, qui devraient selon elle mettre davantage de l’avant les contenus locaux.

« C'est une solution qui est beaucoup plus efficace que celle d'imposer un quota, croit la professeure. Si on imposait par exemple un quota de 30%, un peu à l'image de ce qui est fait dans plusieurs pays de l'Union européenne, ça ne veut pas dire que les gens seront mis en contact avec ces contenus-là. Les recommandations sur l'interface d'un service de streaming sont toujours dépendantes de nos pratiques de visionnement et, donc, de ce que les algorithmes vont mettre de l'avant. »

Au Canada, le CRTC a décidé de ne pas jouer dans ce film. Dans le cadre de la loi C-11 sur la radiodiffusion en ligne, l’organisme canadien de réglementation a plutôt opté pour exiger des plateformes étrangères une redevance de 5 % payable à un fonds soutenant les productions canadiennes. Cette mesure est actuellement contestée par ces entreprises.

En se donnant ce pouvoir, le fédéral n'a pas annulé les compétences culturelles des provinces. Avec son projet de loi 109, adoptée le 11 décembre par l’Assemblée nationale, le Québec pourra désormais imposer des seuils minimaux de contenu francophone aux grandes plateformes, comme Netflix et Spotify.

Ce même projet de loi prévoit également de forcer la main aux fabricants de téléviseurs intelligents pour qu’ils rendent plus facile l'accès aux plateformes de diffusion locales, comme l’a fait l’Australie l’an dernier.

Le défi des plateformes locales

En plus de ces solutions, Stéfany Boisvert plaide pour une meilleure promotion des plateformes locales, encore souvent méconnues. Idem pour celles qui offrent du contenu gratuit, dont TFO, Télé-Québec, TV5 Unis, CBC Gem et l’ONF, sans oublier le site de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), qui propose tout un catalogue de films gratuitement à ses abonnés. De leur côté, Crave et ICI Tou.tv Extra unissent leurs forces en proposant un forfait commun à 15,99 $/mois, soit une économie de 23% aux abonnés des deux plateformes.

« Il faut trouver des stratégies pour que nos plateformes fassent davantage partie des référents culturels de la population. C’est la viabilité de notre industrie audiovisuelle locale qui est mise en jeu », soutient la professeure. Cette visibilité passe notamment par les médias qui, selon elle, couvrent encore trop les productions de plateformes étrangères au détriment du contenu local, et pas suffisamment les lois qui concernent l’industrie audiovisuelle.

Oùvoir.ca est encore au stade de « secret bien gardé », souligne Martin Bilodeau : « Toutes les semaines, j'apprends à du monde l'existence de cette plateforme-là. On est un OBNL; on n'a pas les moyens d'une compagnie privée pour investir dans la promotion. On a fait un lancement en 2019 qui a eu un retentissement, mais pas autant qu'on l'aurait souhaité », admet-il, tout en précisant qu’entre 60 000 et 100 000 visiteurs uniques le consultent chaque mois.

Pour une meilleure littératie médiatique

La découvrabilité dépend aussi des habitudes de visionnement des jeunes générations. Or, plusieurs estiment que, pour les rejoindre, il faut désormais aller là où ils se trouvent : sur les réseaux sociaux.

Pour Stéfany Boisvert, derrière cet argument se cache un enjeu de « littératie médiatique ». « Il faut leur expliquer les enjeux économiques et culturels que représentent ces choix. On ne peut pas simplement mettre nos contenus sur les plateformes qu'ils utilisent parce qu’elles sont de propriété étrangère. Ça veut dire que la vaste majorité des revenus de notre culture s'en va ailleurs, comme c’est le cas actuellement. Quand ils en prennent conscience, quand ils comprennent les ramifications politiques et économiques, leur discours change. » 

D’ici à ce que des solutions voient le jour pour améliorer la découvrabilité des contenus de chez nous, il nous reste… les outils de recherche en ligne.

Sur ce, j’ai un film à aller regarder. Mais où déjà?


Mathilde Roy
Mathilde Roy est rédactrice en chef de Futur et médias, la plateforme éditoriale du Fonds des médias du Canada, et gestionnaire de marque pour NOUS | MADE. Avant de joindre le FMC, elle a été journaliste pour différentes publications (L’actualité, Protégez-Vous, Le magazine Cineplex, etc.), ce qui l’a menée à couvrir des sujets variés comme le cinéma, les finances personnelles, les affaires publiques et la santé. Ses reportages lui ont valu plusieurs nominations et prix de journalisme, notamment un Prix du magazine canadien.
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