Les Quatre Fantastiques 

Les quatre femmes à la tête du Fonds des médias du Canada, de Téléfilm Canada, du Bureau de l’écran autochtone et de l’Office national du film se sont réunies pour discuter de l’état de l’industrie médiatique canadienne lors de l’événement Prime Time, à Ottawa. Futur et médias était sur place pour recueillir leurs réflexions.

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Les quatre dirigeantes, de gauche à droite: Julie Roy, Valerie Creighton, Kerry Swanson et Suzanne Guèvremont. Crédit photo: Rémi Thériault / House of Common studio

Appelons-le le grand panel médiatique canadien.

Les quatre femmes qui dirigent les organisations audiovisuelles nationales du Canada ont partagé la scène lors de Prime Time 2026, une conférence sur l'industrie audiovisuelle qui se tient chaque année à Ottawa.

Ces femmes – Valerie Creighton, présidente et chef de la direction du Fonds des médias du Canada (FMC), Julie Roy, directrice générale et cheffe de la direction de Téléfilm Canada, Kerry Swanson, présidente et chef de la direction du Bureau de l'écran autochtone (BEA), et Suzanne Guèvremont, commissaire du gouvernement à la cinématographie et présidente de l'Office national du film (ONF) – se sont réunies lors d’une séance intitulée « L'avenir du Canada : bâtir une nation créative ».

Bien que les hommes aient dominé la conférence, notamment le premier ministre Mark Carney, les producteurs exécutifs de Rivalité passionnée Jacob Tierney et Brendan Brady, ainsi que la tête d’affiche Hudson Williams, ce sont ces quatre femmes qui dirigent l'industrie médiatique canadienne.

C'est difficile de surestimer l’impact qu’elles ont eu devant un public composé de créateurs locaux et internationaux, alors qu’elles discutaient de l’état de l’industrie, de souveraineté culturelle et de l’avenir du secteur au pays.

« La chose la plus importante que le pays ait faite, c’est d’ouvrir la voie aux créateurs, a déclaré Valerie Creighton au public. Peu importe les structures, peu importe les organisations, ce pays a permis à la créativité de fleurir. Nous avons une abondance de talents créatifs et innovants. Nous sommes un pays privilégié. »

Défendre notre souveraineté culturelle

Soutenir les créateurs reste la priorité de chaque organisation, mais une préoccupation plus urgente s’est récemment imposée : la souveraineté culturelle. Créer des films, des séries télé et des récits numériques marquants, qui reflètent l’expérience canadienne, est crucial.

« L’ONF, c’est raconter des histoires canadiennes authentiques, a souligné Suzanne Guèvremont. C’est là toute la force d’avoir des documentaristes créatifs et de leur donner la possibilité de raconter leurs histoires, ce qui est fondamental pour notre souveraineté culturelle. »

« Et puis, il y a l’éducation, a-t-elle poursuivi. C’est un autre aspect du développement de notre souveraineté culturelle et de notre capacité à consommer du contenu canadien dès le plus jeune âge. C'est important que l’ONF soit présent dans les écoles du pays et ait accès à plus de 400 000 enseignants. Nous sommes présents auprès des enfants dans les salles de classe et nous aidons à développer leur appétit pour notre contenu de grande qualité. »

Julie Roy a expliqué comment, au fil des ans, Téléfilm a bâti la réputation internationale du Canada. « C'est très puissant et très fort, a-t-elle déclaré. Nous avons conclu des accords de coproduction avec 60 pays. Ça montre que le Canada est attrayant et que les gens veulent travailler avec nous. »

Pour le BEA, la souveraineté culturelle s’inscrit dans une perspective bien particulière : « Le BEA a été fondé il y a huit ans dans le but de favoriser la souveraineté narrative des créateurs des Premières Nations, des Métis et des Inuits au Canada, a expliqué Kerry Swanson. Ce mandat est au cœur de notre mission. Mais qu’est-ce que ça signifie? »

« En fin de compte, c’est la liberté de raconter des récits comme on le souhaite, d’avoir le contrôle sur ces récits et de ne laisser personne vous les enlever, ce qui a été le cas dans l'histoire de ce pays. Concrètement, ça veut dire pour nous que les créateurs autochtones détiennent la majorité des droits de propriété intellectuelle et que deux des trois rôles créatifs clés d'un projet sont occupés par une personne autochtone. »

« Et maintenant que le Canada traverse une sorte de crise où on s'interroge sur ce que ça veut dire être souverain et qu’il se sent menacé, je pense que, pour la première fois, les Canadiens comprennent ce dont nous parlons depuis longtemps, a poursuivi Kerry Swanson. Vous comprenez maintenant pourquoi on peut se battre pendant 200 ans pour préserver ses histoires, sa liberté et sa souveraineté. »

Tisser des liens avec le public

Développer et porter des histoires d'ici à l’écran ne suffira pas si ces histoires ne trouvent pas d’écho auprès du public.

« Je sens que si nous n'invitons pas le public à participer à la conversation, nous passerons à côté d'une opportunité, a déclaré Julie Roy. L'environnement a beaucoup changé et on constate que les grandes plateformes influencent la visibilité, que les algorithmes façonnent la découvrabilité, et que maintenant l’IA influence même la manière dont nous accédons au contenu. Alors, que faire avec le public? On doit élaborer une stratégie nationale en matière d'audience. »

« Le travail que nous avons accompli ensemble pour NOUS | MADE à travers le pays portait justement sur le public, a expliqué Valerie Creighton en référence à la campagne menée depuis plusieurs années par le FMC pour promouvoir les productions de chez nous. Il s'agissait de notre industrie et de nos succès, mais surtout de créer un lien avec le public, et ça fonctionne plutôt bien jusqu'à présent. »

« Si la créativité est au rendez-vous, si les histoires sont fortes, si les créateurs et les producteurs ont la liberté de raconter ces histoires, c’est ce qui attirera le public. »

Préparer l'avenir ensemble

Les quatre organisations sont confrontées à de nouvelles technologies et à de nouveaux services qui ne cadrent pas avec des structures et des politiques obsolètes. Unir leurs forces pour assurer un secteur médiatique canadien solide, aujourd’hui et demain, est donc essentiel.

« On ne peut plus travailler en silo, a fait remarquer Julie Roy. Nous devons travailler en partenariat, et je pense que c'est comme ça que nous construirons l'avenir. »

« Si nous pouvions réfléchir ensemble à ce que chacun peut apporter à l'avenir, ce serait une approche très différente, a affirmé Valerie Creighton. La première chose à faire est de voir comment gagner en flexibilité, comment éliminer les obstacles et les contraintes. Ils ont été créés il y a longtemps, dans un monde qui n’est plus le nôtre. On le constate dans les médias numériques interactifs, on le voit dans des domaines comme la réalité virtuelle, le jeu vidéo et le divertissement immersif. »

« Ce qui se passe dans ce pays est tout simplement passionnant, a ajouté celle qui est à la tête du FMC. Pour ma part, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas m'accrocher au passé et réfléchir à la manière dont nous pouvons tirer parti de cette situation et faire un bond en avant. Ce ne sera pas facile, mais ce sera amusant. »


Ingrid Randoja
Journaliste indépendante, Ingrid Randoja est l'ancienne responsable éditoriale de la section Film du magazine NOW de Toronto, l'ancienne rédactrice en chef adjointe du magazine Cineplex et l'une des membres fondateurs de la Toronto Film Critics Association.
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