Plus de temps de glace pour la télé canadienne

L'auteur-producteur Jeff​​ Norton nous parle ​d​e sa série dramatique sur le patinage artistique Rêve de glace, qui arrive au Canada – et ailleurs dans le monde – à un moment particulièrement bien choisi…

Finding Her Edge 2
Rêve de glace. Photo: WildBrain Studios

Des relations torrides. Des athlètes d'élite qui s'affrontent sur la glace. Une production franchement canadienne.

Non, on ne parle pas de Rivalité passionnée (Heated Rivalry). Il s’agit plutôt de Rêve de glace (Finding Her Edge), une série dramatique pour jeunes adultes sur le patinage artistique. En forçant un peu, elle pourrait presque passer pour la petite sœur – plus jeune et plus familiale – de la première.

« Diffusée après Rivalité passionnée et juste avant les Jeux olympiques, notre série se retrouve à cheval entre deux moments culturels forts. On est très enthousiastes à l’idée d’en profiter pour faire découvrir Rêve de glace au public », explique Jeff Norton,​ créateur et producteur exécutif de la série. Produite par WildBrain, Rêve de glace est maintenant offerte sur​ Netflix au Canada et à l’international, et sur ICI TOU.TV pour le public francophone.

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Le fait que la série soit adaptée d’un roman de l’autrice américaine Jennifer Iacopelli est à peu près la seule chose qui ne soit pas canadienne dans cette production. L’écrivaine a d’ailleurs déclaré que son histoire s’inspirait des patineurs artistiques canadiens Tessa Virtue et Scott Moir, ainsi que du roman Persuasion, de Jane Austen.

La distribution canadienne de Rêve de glace comprend Madelyn Keys, Alice Malakhov et Alexandra Beaton, qui incarnent les sœurs Russo, nées au sein d’une véritable dynastie du patinage artistique. La cadette, Adriana (Keys), est l’héroïne de la série. Alors qu’elle s’entraîne pour les Championnats du monde avec son nouveau partenaire Brayden (Cale Ambrozic), elle se retrouve prise dans un triangle amoureux, toujours habitée par des sentiments pour son ex-copain et ancien partenaire de glace, Freddie (Olly Atkins).

Les légendes canadiennes de patinage artistique Piper Gilles et Paul Poirier (mieux connus sous le nom de Piper et Paul), ainsi qu’Elvis Stojko, font une apparition dans cette production qui a connu son lot de défis, notamment la disparition de Family Channel​​, où elle devait initialement être diffusée, et une tempête de verglas dévastatrice, qui a failli mettre sur la glace le tournage à Orillia, en Ontario.

Jeff Norton, dont les projets précédents incluent Geek Girl et The Small Hand, se trouvait chez lui à Burlington, en Ontario, quand nous nous sommes entretenus avec lui sur Zoom.

Rêve de glace arrive tout juste après le phénomène Rivalité passionnée. Il y a des différences de ton et de public, mais les deux séries canadiennes mettent en scène des patineurs d’élite. Est-ce que cette similitude nuit au lancement de la série, ou au contraire, l'aide?

Premièrement, je suis extrêmement heureux pour toute l’équipe de Rivalité passionnée. Ce que cette série a apporté aux récits canadiens ​​est remarquable. Selon moi, tout le milieu en bénéficie. Deuxièmement, je crois que les ressemblances tiennent moins au patinage ou à la glace qu’à la romance. Fondamentalement, Rêve de glace est une histoire d’amour. Et je pense que même si le ton des deux séries et leur public [diffèrent], jouer avec les codes de la romance est quelque chose qui touche profondément le cœur des téléspectateurs en ce moment.

Le lancement de la série juste avant les Jeux olympiques d’hiver de 2026 était prévu. Comment avez-vous réussi à tout mettre en place à temps?

Ça faisait longtemps que j’avais envie de créer une série sur le patinage artistique, alors j’avais déjà réservé les droits d’adaptation du roman. J’ai pu présenter le projet de manière très claire : si on obtenait le feu vert immédiatement – dès le début de l’automne 2024 –, nous serions prêts à temps pour présenter une série en parallèle des Jeux olympiques d’hiver. Pendant que les gens sont emballés par la réalité des JO, nous allons proposer une œuvre de fiction qui lèvera le voile et emmènera le public dans les coulisses de cet univers fascinant.

En ce qui concerne la production, ce projet a une histoire plutôt compliquée. Expliquez-nous la relation entre Netflix, ICI TOU.TV et WildBrain.

Le projet avait d’abord été commandé par ​Family Channel, en tant que diffuseur canadien. Netflix s’est joint au projet comme partenaire de diffusion à l’international, à l’extérieur du pays. Puis, comme on le sait, ​​Family Channel a cessé ses activités. WildBrain, qui détenait les droits de distribution, a réussi à trouver une nouvelle vitrine canadienne pour la série. C’est à partir de là que des ententes ont été conclues avec Radio-Canada pour le public francophone canadien, puis avec Netflix pour le public anglophone canadien.

Mis à part la fin de ​​Family Channel, quels sont les défis à relever pour rejoindre un jeune public?

Pour moi, les défis sont aussi des opportunités. Il y a de plus en plus d’écrans qui se disputent l’attention des jeunes, on le voit partout. J’ai une longue expérience en tant qu’auteur. J’ai écrit plus d’une douzaine de romans destinés aux jeunes adultes et, comme écrivain, je suis en concurrence avec​ les écrans depuis une quinzaine d’années. Alors aujourd’hui, quand je crée une série dramatique pour la télé, je fais face à un défi semblable. Mais c’est aussi là que réside l’opportunité : si on propose quelque chose de captivant, les gens auront envie de le regarder.

En plus d’avoir une distribution et une équipe canadiennes, la série a été tournée en Ontario, principalement entre Barrie et Orillia. Pourquoi avoir choisi cette région?

J’avais proposé une vision avec une esthétique à la Winter Wonderland… mais j'étais bien conscient qu'il y avait un risque réel de ne pas pouvoir la concrétiser pour la production. On a commencé le tournage en février [2025] et, certaines années, dans [la grande région de Toronto], l’herbe était encore visible, ce qui ne correspondait pas du tout au décor recherché. Avec Angela [Boudreault], la productrice de WildBrain, on a étudié la carte du sud de l’Ontario pour trouver un secteur accessible pour la distribution artistique et l’équipe, et où nous pouvions espérer avoir des conditions hivernales correspondant à l’ambiance souhaitée.

Jeff Norton sur le plateau de Rêve de glace

Avez-vous eu l’hiver que vous espériez?

Il faut faire attention à ce qu’on souhaite… parce que oui, on l’a eu, et même plus qu’on ne l’aurait imaginé! Comme vous le savez, l’hiver a été extrêmement froid. À Orillia, on a reçu énormément de neige. Dans certaines scènes, vous allez voir que les bancs de neige dépassent carrément la taille des acteurs.

Puis, en mars, la région a été frappée par une tempête de verglas catastrophique. Comment le tournage a-t-il été affecté?

Nous logions tous au Carriage Ridge Resort, qu’on appelait le “camp d’hiver”, et nous y avons perdu l’électricité [pendant trois semaines]. D’une certaine façon, ça a vraiment soudé l’équipe et la distribution artistique, parce que nous étions littéralement dans le noir. Certains membres de l’équipe avaient des barbecues au propane à l’arrière de leurs camionnettes… Éventuellement, il a fallu reloger des gens. Plusieurs d’entre nous ont tenté de rester sur place pendant près d’une semaine, puis nous avons dû nous disperser.

Mais vous avez quand même poursuivi le tournage avec des génératrices?

Oui, on a continué. Nous n’avons pas perdu une seule journée de tournage. Évidemment, on a fait très attention. L’équipe de production s’est vraiment mobilisée pour s’assurer que tout le monde soit en sécurité, tout en économisant nos ressources. Honnêtement, nous n’avions pas la marge de manœuvre nécessaire pour perdre une seule journée. Nous avions un calendrier très serré, qui prévoyait quelques jours de tournage à Paris, en France. À la toute fin, nous y avons emmené les acteurs clés pour filmer des scènes ​de dialogue en mouvement. Cette échéance nous mettait constamment sous pression. Les contraintes de production étaient réelles; nous n’avions tout simplement pas le choix de continuer.


Marni Weisz
Marni Weisz est une rédactrice et éditrice basée à Toronto, passionnée par le cinéma, la télévision, la comédie et les voyages. Pendant plus de 20 ans, elle a été rédactrice en chef du magazine Cineplex, où elle a interviewé des personnalités comme Jennifer Lawrence, Mark Hamill, Margot Robbie, Keanu Reeves, Kumail Nanjiani, Donald Sutherland et Tom Cruise. Sa question préférée est : "Quand êtes-vous le plus heureux ?"
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