Slo Pitch passe aux ligues majeures

Lancée il y a cinq ans comme une simple série web sur OUTtvgo, Slo Pitch rejoint maintenant la cour des grands. Rencontre avec ses créatrices, Karen Knox et Gwenlyn Cumyn, pour parler du grand retour de l’équipe de joueuses de balle molle, alors que leur série LGBTQ+ s’apprête à être diffusée sur Crave.

Pas besoin de gros moyens pour faire rire. Bien souvent, une histoire sur des personnes un peu différentes, un excellent scénario et une brillante distribution d’acteurs comiques suffisent.

Karen Knox, Gwenlyn Cumyn et J Stevens nous le prouvent avec leur série à petit budget Slo Pitch, une comédie LGBTQ+ mettant en vedette une équipe de balle molle amateur. Les Brovaries, ce groupe de joueuses queers et non binaires, ont beau ne pas être très douées pour les sports, elles savent s’amuser.

Slo Pitch a débuté en 2020 sous la forme d'une courte série web sur OUTtvgo, attirant un public déjà conquis grâce à son univers rappelant Parks and Recreation et The L Word. Conscientes d’avoir trouvé la recette parfaite, les créatrices ont pu compter sur plusieurs partenaires – le Fonds des médias du Canada, Bell Média et la boîte d’Elliot Page, PAGEBOY Productions – qui ont choisi d’en faire une coproduction et de relancer le projet. Résultat : une nouvelle version de la série, en 10 épisodes, est attendue sur Crave au printemps 2026!

En plus d’avoir écrit et créé Slo Pitch, Karen Knox et Gwenlyn Cumyn jouent également dans la série, sous la direction de J Stevens.

Knox incarne Boris, une immigrante allemande obsédée par la bière et à la recherche d’une femme à marier pour éviter d’être expulsée du pays. Cumyn joue le personnage d’Ann, une bisexuelle assumée qui jongle avec plusieurs relations en même temps et qui partage un appartement avec la capitaine des Brovaries, Joanne (Kirsten Rasmussen). Cette dernière est déterminée à mener son équipe à la victoire contre leurs éternelles rivales, les Toronto Blue Gays.

Nous avons rejoint Knox et Cumyn au téléphone, peu après la fin du tournage à Toronto.

Comment l’idée de Slo Pitch a-t-elle vu le jour?

Cumyn : Karen et moi avons étudié ensemble à l’école de théâtre George Brown, il y a 10 ans. Nous avions réalisé une série web, Barbelle, que J avait vue. J a eu l’idée de Slo Pitch parce qu’iel avait fait partie d’une équipe de football australien… où il y avait beaucoup de rebondissements. On a donc imaginé une équipe de balle molle composée principalement de joueuses queers, surtout des femmes, car nous avions beaucoup d’amies qui jouaient dans des ligues amatrices et qui avaient elles aussi des histoires aussi dramatiques que comiques à raconter. Il y a beaucoup à exploiter dans cet univers.

Parlez-nous de vos personnages.

Cumyn : Ann est une bisexuelle dévergondée – on reprend le cliché [rires]. Elle se pense pas mal hot. Elle est une barmaid incroyable qui croit pouvoir séduire n’importe qui, ou du moins, c’est ce qu’elle prétend. Dans cette première saison, elle doit faire face au chaos qu’elle a semé, sur le terrain comme dans la vie.

Knox : J’adore Boris, une femme drôle, vraiment bruyante, obsédée et folle. Sans trop en dévoiler, elle vit une vraie relation dans cette série de 10 épisodes. C’est magnifique, c’est vrai, et c’est tellement drôle.

La dernière des deux saisons web de Slo Pitch est sortie en 2022. Comment ça a été de retrouver vos personnages et l’équipe pour cette nouvelle version?

Knox : On dirait que les astres se sont alignés pour réunir la plupart des gens qui, à l’époque, n’avaient aucun budget, mais qui avaient réussi à créer une série web vraiment solide. Pouvoir faire ça à plus grande échelle, passer encore plus de temps ensemble et offrir un plateau plus confortable parce qu’on a un peu plus de moyens pour bien payer tout le monde, c’est fantastique.

Un budget plus conséquent, est-ce que ça veut dire des rêves plus grands… ou de plus gros maux de tête quand vient le temps de répartir les fonds?

Cumyn : Sans aucun doute, des rêves plus grands. On reste dans la télé canadienne, on n’a pas le budget de Game of Thrones [rires]. Et sincèrement, c’était la transition parfaite pour nous. Peut-être que dans la série web, on vivait au-dessus de nos moyens, et maintenant on vit selon nos moyens. On ne dirait pas non à plus, évidemment. Mais pouvoir tourner avec deux caméras sur le plateau, c’est génial. Et notre département artistique, qui a toujours été extraordinaire, a enfin un peu plus de latitude financière.

Knox : C'est tellement agréable de pouvoir rémunérer les gens à leur juste valeur. Dans le monde du numérique, on racle vraiment les fonds de tiroir. Les gens sont payés, mais pas suffisamment, considérant la situation économique actuelle. C'est un soulagement énorme de savoir que tout le monde est traité correctement. Ça aide à se détendre un peu.

Ce que j’adore dans cette série, c’est que même si elle s’inspire de la culture queer, elle va bien au-delà. On y parle aussi de sport, de relations amoureuses, de culture du travail.

Knox : Exactement. Tout le monde s’entendait en salle d’écriture pour dire que nous ne cherchions pas à créer une « série queer ». On voulait faire un clin d’œil à nos propres vies, c’est tout. Les personnages, ce sont les gens que je côtoie dans la rue, ce sont mes ami.es. Je rêve d’un monde où on dépasse la question de la représentation et que ce soit juste normal. On voulait quand même éviter que notre humour ne soit compris que par la communauté queer. On raconte une histoire à laquelle tout le monde peut s’identifier, sans qu’elle soit moralisatrice. C’est juste une série sportive un peu stupide, drôle, sexy et complètement chaotique. Et pour moi, c’était la chose la plus radicale que nous pouvions faire.

Cumyn : On veut que le public passe un bon moment. Le monde est angoissant ces temps-ci et la politique est ultra-polarisée. On souhaite que la série soit une bouffée d’air frais. Et il y avait quelque chose de magique à être en tournage alors que les Blue Jays se battaient en Série mondiale, malgré leur défaite. Ça nous a rappelé à quel point le sport peut rassembler. On a vu les Jays unir tout un pays. C’est ce qu’on souhaite pour Slo Pitch. Sans être quétaine, malgré nos différences, on peut se retrouver sur un terrain, frapper quelques balles, et tout le reste disparaît.


Ingrid Randoja
Journaliste indépendante, Ingrid Randoja est l'ancienne responsable éditoriale de la section Film du magazine NOW de Toronto, l'ancienne rédactrice en chef adjointe du magazine Cineplex et l'une des membres fondateurs de la Toronto Film Critics Association.
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