Le FMC aide les organismes appartenant à des personnes afrodescendantes et d’autres personnes racisées à garder le cap

Le Fonds de soutien aux activités de développement de l’industrie destiné aux personnes noires et de couleur et l’Allocation du Fonds de soutien d’urgence en réponse à la COVID-19 destinée aux sociétés détenues par des personnes noires et de couleur du Fonds des médias du Canada (FMC) ont aidé les entreprises et les organismes à survivre à la pandémie, à s’adapter au nouveau contexte et à lancer des initiatives pour soutenir les créateurs et créatrices racisé·e·s.

Survivre

«[La pandémie] nous a frappés fort», confie Sudz Sutherland, scénariste-réalisateur et propriétaire de Hungry Eyes Media, établi à Toronto. «Tout allait pas mal, nous faisions notre petit bonhomme de chemin, puis elle nous a tous mis K.-O.»

Lorsque les tournages ont repris à l’été 2020, Sutherland a été engagé pour réaliser des émissions diffusées sur des chaînes américaines, mais sa société, comme bien d’autres, était toujours en difficulté.

Même avant la pandémie, la plupart des sociétés médiatiques appartenant à des personnes racisées ainsi que les artistes et artisans de communautés sous-représentées de tous les secteurs de l’industrie se butaient déjà à de nombreuses embûches relatives à la représentation, à l’accès au financement en général, au réseautage, etc.

À la suite de consultations avec des représentants de l’industrie et des producteurs et productrices issu·e·s de communautés racisées, le FMC a annoncé en novembre 2020 qu’il verserait sept millions de dollars par le truchement de deux initiatives :

• le Fonds de soutien aux activités de développement de l’industrie destiné aux personnes noires et de couleur, à hauteur d’un million de dollars;

• l’Allocation du Fonds de soutien d’urgence en réponse à la COVID-19 destinée aux sociétés détenues par des personnes noires et de couleur, à hauteur de six millions de dollars.

Le Fonds de soutien aux activités de développement de l’industrie a octroyé du financement à 19 initiatives d’aide aux créateurs·trices et aux producteurs·trices de communautés racisées, alors que l’Allocation du Fonds de soutien d’urgence en réponse à la COVID-19 a aidé 168 sociétés détenues et contrôlées par des personnes racisées qui ont été touchées par la pandémie.

«En toute honnêteté, nous aurions été obligés de fermer nos portes sans ce financement», confirme Sutherland.

Sans source de revenus pendant des mois, Hungry Eyes Media avait du mal à payer les factures et le loyer. Les fonds reçus ont permis à Sudz Sutherland de se concentrer sur les projets de sa société plutôt que de chercher à se faire embaucher comme réalisateur par d’autres.

Alors qu’elle avait été forcée de mettre la plupart de ses projets en veilleuse en raison de la pandémie, la Montréalaise Kathy-Ann Thomas, productrice et propriétaire de Cotton Bush Productions, a été en mesure de payer des honoraires juridiques et de marketing pour deux projets grâce au financement reçu par le FMC.

«Grâce à ce financement, je me suis sentie à l’aise de solliciter des scénaristes pour un de mes projets de film, car j’avais l’argent pour les payer en attendant les réponses de mes demandes de subventions pour ce projet spécifique, et même en cas de réponse négative», ajoute Kathy-Ann Thomas.

S’adapter

Créé en 2018, le collectif montréalais Black on Black Film s’est donné pour mission de défendre, représenter et outiller les créateurs·trices afrodescendant·e·s et de leur permettre d’être davantage présents dans le processus de créations d'œuvres audiovisuelles au Québec. Cette volonté est partie d’un constat clair, explique la productrice Mylène Augustin, membre du collectif, celui “de l’absence de scénarios écrits par des créateurs afrodescendants”, situation à laquelle Black on Black Film veut tenter de remédier.

Dans cette optique, en 2019, le collectif s’est penché sur la mise en place du programme de résidence en scénarisation Je me vois à l’écran en collaboration avec le Conseil des arts de Montréal. Quatre participants ont ainsi pu bénéficier de l’accompagnement de mentors afin de rédiger le scénario d’un court métrage de fiction de 10 à 15 minutes. 

Avec la pandémie, la poursuite des activités du programme de résidence a été perturbée. Après les premiers mois d’arrêt, l’organisme à but non lucratif a mis en place une structure pour permettre aux activités de reprendre en mode virtuel, sur Zoom. Par ailleurs, “toute la planification de la deuxième année du programme a aussi dû être repensée pour s'accommoder des contraintes apportées par la COVID-19”, raconte Mylène Augustin, qui co-pilote ce programme de résidence.

Le Festival du film asiatique de Vancouver (VAFF) a lui aussi dû adapter son format. «Ce qui était difficile surtout, c’était de ne pas savoir, confie la fondatrice Barbara Lee. Comme le festival se tient en novembre, nous avions espoir que la situation rentre dans l’ordre avant l’automne [2020].»

En 2021, le VAFF, qui célébrera son 20e anniversaire, sera un festival hybride, notamment grâce aux fonds reçus du FMC.

Rebondir

La productrice et consultante albertaine Shivani Saini a fondé Creatives Empowered, un collectif d’artistes et de créateurs issus de groupes racisés, en novembre 2020. Inspirée par ses propres expériences et par la nécessité de mettre sur pied un organisme professionnel destiné aux communautés racisés dans la province, elle a lancé cet organisme à but non lucratif en vue d’«accroître l’équité au sein du secteur culturel » et d’«éliminer le racisme systémique dans le milieu des arts et de la culture».

«La nécessité du Fonds de soutien aux activités de développement de l’industrie transcende la pandémie, explique Shivani Saini. Il est arrivé à point nommé, en raison des événements de 2020.»

Elle ajoute: «Il s’agit d’une occasion incroyable pour les industries canadiennes des écrans de profiter de la situation dans laquelle nous sommes plongés pour régler les difficultés qui étaient déjà présentes.» 

Shivani est d’avis que ce fonds a donné à son organisme un coup d’accélérateur pour bien s’établir.

Du côté de Black on Black Film, le financement apporté par le FMC a permis d’ajouter un deuxième volet au programme de résidence Je me vois à l’écran. Ce volet additionnel qui a débuté en avril 2021 a permis d’accueillir deux candidats qui se consacrent à l’élaboration d’un document de pitch de web-série. L’admissibilité à ce volet a été étendu à des candidat·e·s afrodescendant·e·s de toutes les régions du Québec, ce qui n’était pas le cas du premier volet, financé par le Conseil des arts de Montréal. 

«Nous avons réussi à rallier des mentors et des formateurs très enthousiastes et entièrement dédiés au projet», confie Mylène Augustin. Elle précise que rejoindre les créateurs·trices afrodescendant·e·s sur les différentes plateformes où ils et elles se trouvent reste un véritable défi.

Une étude de terrain visant à collecter des données sur ce public cible du collectif est d’ailleurs en cours et les résultats permettront «de mettre en place des stratégies concrètes de positionnement, de promotion et de recrutement de nos membres.»  

«Nous portons le collectif à bout de bras, de manière bénévole. Nous songeons maintenant à engager un.e coordonnateur.trice à temps partiel qui nous aidera à mener à bien les différents axes de notre mission. C’est essentiel afin d’assurer la croissance et la pérennité de notre organisme.»

Au-delà du financement

Si le financement a un effet notable, il est aussi crucial que des personnes racisées occupent des postes de direction, indique Barbara Lee, fondatrice du VAFF. «Tout est question de financement, et les décideurs en sont les gardiens. Ce sont eux qui disent “ton histoire est intéressante et elle vaut la peine d’être racontée” ou bien “tu ne sais pas comment surmonter les embûches, donc tu n’auras pas de financement et, par conséquent, tu ne pourras accéder à d’autres sources de financement” ».

Selon Lee, les entreprises, les studios et les maisons de production doivent collaborer avec des organismes communautaires comme le VAFF, qui travaillent en ce sens depuis des dizaines d’années. «Ils n’ont pas à réinventer la roue ni à mettre sur pied leurs propres programmes. Si ces entreprises, ces studios et ces maisons de production veulent soutenir les créateurs des communautés racisés, ils devraient se tourner vers des organismes comme le nôtre. Nous souhaitons être des partenaires égaux dans ces initiatives.»

«Le temps nous le dira, conclut Sudz Sutherland. Je suis dans le milieu depuis longtemps, et je crois que c’est un peu un phénomène de mode: l’idée de parler des problématiques raciales est intéressante pour l’instant, mais, lorsqu’il sera question de se partager les possibilités et de se partager le pouvoir, ce sera là où le bât blessera. Donc, on verra. Je ne dis pas qu’il n’y a aucune chance, mais j’aimerais voir du changement. »


Rime El Jadidi
Rime El Jadidi est rédactrice et réalisatrice de documentaires. Après une carrière dans le journalisme, elle se consacre à présent au marketing numérique et à la stratégie de contenu. Rime est particulièrement passionnée par l\'idée d\'aider les cinéastes à atteindre leurs publics en ligne et à pérenniser leurs entreprises.
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